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Chronique / 9
06-06-2008
Un exemple à suivre qui pose quand même question
 
Comme quoi je ne suis pas une précieuse ridicule, ce n'est ni "Voici" ni "Femme actuelle" qui m'exaltent, mais bien le bulletin mensuel de l'ADEME (Agence de l'Environnement et de la Maitrise de l'Energie)1 : si, si… Ce mois-ci, dans Ademe&vous2 (tout un programme…), j'ai lu avec un intérêt non dissimulé un article consacré à une fromagerie biologique3 qui se soucie d'économies d'énergie. Autant dire tout de suite que les propos ci-après n'ont pas pour objet d'incriminer cette fromagerie mais de poser quelques questions à partir de son cas.



 

Dans un premier temps, j'ai tilté car c'était visiblement une démarche en plein LocoBio : le cœur de l'activité (production fromagère) et les conditions de production (énergie solaire, récupération des eaux pluviales) s'inscrivent effectivement dans l'économie propre que notre association promeut. On ne dirait pas comme ça, mais ce n'est déjà pas rien, aujourd'hui, d'avoir un cœur d'activité propre (bio dans le cas présent) et en plus de produire proprement. Si on devait faire un bilan des entreprises engagées dans ce processus, il serait désespérant. Mais on n'est pas là pour désespérer. On est justement là pour détecter l'innovation –les niches comme on dit en économie économiste très sérieuse- et l'encourager.

Donc, la fromagerie Capribio est effectivement un exemple à suivre. C'est d'ailleurs dans cette perspective d'amélioration continue que l'ADEME la met en avant. J'oubliais aussi de dire que cette entreprise s'inscrit dans la démarche LocoBio car elle est locale de par son implantation géographique unique, en lien avec une activité
traditionnelle liée à un territoire et de par sa main d'œuvre. Toutefois, je ne peux pas m'empêcher de me poser une question qui concerne d'ailleurs beaucoup d'entreprises. Dans l'article consacré à ce bon élève, la diminution de la facture énergétique est en effet largement mise en avant. Or celle-ci est réalisée grâce à l'aide substantielle de fonds publics qui, notamment par le canal de l'ADEME, ont permis un pré-diagnostic énergétique et l'installation de panneaux photovoltaïques. En soi, c'est bien de réduire la facture énergétique et la facture tout court. On peut toutefois se demander si le consommateur bénéficie, en bout de course, de cette économie ou si,
par ses impôts, il finance des subventions à des entreprises qui continuent de lui vendre des produits au même prix, voire plus cher car, mon bon Monsieur, vous comprenez, y'a l'euro, l'inflation, le pétrole, les temps sont (toujours) durs…

En parlant de pétrole, justement, deuxième élément de perplexité de ma part. Toujours dans le même article, on vante « cabécous, tommes, bûchettes, pyramides et autres crottins qui ravissent les palais français et européens ». Donc ça sent l'économie import-export à plein nez, si je puis dire. En regardant le site internet de la fromagerie en question, à la rubrique « Vente », il nous est expliqué que les fromages sont expédiés plusieurs fois par
semaine par camions frigorifiques en Europe. On est donc bien dans la logique économique classique : un entreprise se crée sur une idée, une activité, puis se développe en cherchant à écouler sa production le
plus largement possible à travers le monde mondialisé… Et ce avec des moyens de transport dont on peut mettre en doute les bienfaits pour l'environnement, la santé et le toutim habituel du développement durable.

Au final, qu'en penser et que faire ?
- En penser que c'est mieux qu'avant mais ne pas être dupe, en particulier des nombreux sites qui font cohabiter les rubriques «Vente » et « Environnement » sans complexe apparent.
- Continuer à soutenir des entreprises comme cette fromagerie en les sensibilisant à l'incohérence qu'il peut y avoir à utiliser des modes de transport polluants. Surtout développer urgemment des alternatives
qui leur permettent, si elles sont dans cette perspective expansionniste, d'exporter et d'importer plus proprement (le train, toujours le train…). Et pourquoi pas aider au financement de véhicules propres ?
- Sensibiliser au fait qu'être dans la compétition internationale d'une économie assez déglinguée n'est peut-être pas une fin en soi : on pourrait imaginer plein de petites fromageries à l'échelle des bassins de consommation avec des fromagers heureux de vivre et de travailler. Et ils vous livreraient vos crottins… à cheval.

On pourrait croire que c'est une blague, mais il se pourrait bien que je vous entretienne une fois du retour du cheval pour les labours et les livraisons. D'ici-là, n'oubliez pas : un bon crottin se déguste en toast avec du miel, un brin de thym, du sel, du poivre, 5 minutes au four et un bon petit canon bien de chez nous ! (l'alcool est dangereux pour la santé et la réflexion prospective, donc on n'en abuse pas, naturellement)

Yolaine de LocoBio, 6 juin 2008


1. http://www2.ademe.fr/servlet/getDoc?id=11433&m=3&cid=96
2. Magazine Ademe&Vous, mai 2008, p.7
3 http://www.capribio.fr/


 
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