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Chronique / 6
16-05-2008
Une piste dans la forêt …
 
On parle beaucoup, ces temps-ci, de la crise alimentaire qui nous menace tous à cause de la hausse du prix des matières premières, céréales en tête. Du coup, les quelques voix qui s'élevaient contre les politiques à tout crin de conversion des terres nourricières en terres pour alimenter nos bagnoles en biocarburants, trouvent un écho. C'est quand même dommage qu'il faille toujours attendre la menace d'une crise ou la crise elle-même pour agir et se creuser les méninges…




 

A propos de méninges, j'ai capoté sur une nouvelle qui pourrait drôlement nous intéresser en Rhône-Alpes. Des chercheurs québécois ont récemment annoncé la découverte d'un procédé de bioraffinerie qui permet de transformer les déchets de l'industrie forestière en carburant vert. Et il me semble bien que de l'industrie forestière et donc des déchets de ce type, nous en avons dans la région ! Surtout que la filière bois y est en pleine restructuration. Et tant qu'à
restructurer la filière, autant structurer tout de suite la filière déchets qui va avec. Pour moi, le développement durable dont on nous rabat les oreilles trouve là un bon exemple puisque l'on a bien valorisation de ressources locales et recherche d'interactions avec d'autres domaines que celui de la stricte construction -débouché habituel du bois-, donc des créations d'emplois à la clef. Reste à être vigilant sur des conditions de production respectueuses de l'environnement et, quand même, question de fond, sur un moindre usage nécessaire de carburant tout court, quelle que soit sa composition. Au passage, pour les profanes que nous sommes, il n'y a pas de révolution rapide ni même révolutionnaire à attendre des biocarburants car il ne s'agit pour l'instant que d'ajouter de l'éthanol à de l'essence d'origine pétrolière dans des proportions certes variables. On n'est malheureusement pas encore dans une logique de substitution totale et les industries du pétrole vont à mon avis bien se charger de faire le reste pour éviter ce qui causerait leur perte. 

Donc le procédé en question, quel est-il brièvement ? Il vise à produire de l'éthanol à partir de résidus de bois (copeaux, sciure…). L'intérêt pour l'éthanol n'est pas nouveau mais il a été mis de côté par la facilité avec laquelle le pétrole était disponible… facilité relative car nous sommes quand même tous, depuis au moins trente ans, les dindons de cette sinistre farce, nos porte-monnaie peuvent en témoigner. Il s'agit donc d'un intérêt ressuscité, mais quand même bon à prendre, car on estime que remplacer un litre d'essence classique par un litre d'essence de cette nouvelle catégorie baisserait de 40% les émissions atmosphériques de gaz carbonique. Je tiens toutefois à signaler que j'ai lu par ailleurs des études moins enthousiastes, où il est question de rejets de substances pas terribles non plus pour l'environnement. Ce qui pose la question de la validité des expertises scientifiques et plus fondamentalement du temps dont on besoin les chercheurs pour mesurer tous les effets de nouvelles techniques qui sont prêtes à être enfourchées par des industriels parfois moins scrupuleux, sentant le « bon coup » d'une conversion verte. Pour finir avec le procédé, il est plus complexe, donc coûteux, que la production d'éthanol à partir de grains. Il se fait actuellement en quatre étapes dont tout l'enjeu est de les simplifier pour rendre la production rentable : traitement préliminaire pour l'exposition des éléments de cellulose et d'hemicellulose contenus dans la biomasse forestière ; transformation de ces éléments en sucres ; fermentation et récupération de l'éthanol.

Des usines sont actuellement construites en Estrie (une région du Québec) , preuve que ces recherches aboutissent à une nouvelle réalité économique viable. Preuve aussi qu'il ne faut pas rater ce train-là car on peut très bien imaginer trouver nos propres procédés grâce à un soutien accordé à la recherche et à un partenariat étroit avec les entreprises locales : il n'est pas toujours nécessaire d'acheter les idées ailleurs, d'autant plus que ce processus en amont de toute
production est pourvoyeur des emplois qualifiés dont on nous rabat tout autant les oreilles. C'est enfin la preuve que l'avenir est dans les déchets. C'est sûr, c'est pas très poétique, mais il faut être lucide. Quand on voit ce que l'on produit comme déchets –n'est-ce pas  d'ailleurs la première de nos productions ? il faudrait demander à des économistes ou à nos responsables politiques- il est urgent de les considérer comme une source de richesse. Et je n'ai pas parlé de
l'éthanol produit à partir  des déchets agricoles comme la paille ou des déchets municipaux tels ceux issus des espaces verts,  Mais il s'agit-là d'autres pistes, en quittant la forêt, que l'on explorera une autre fois.

Yolaine de LocoBio, 16 mai 2008


 
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