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Chronique 160
29-09-2022

 

Chronique 160

 

Tranquille et ferme

 

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Amies terriennes, amis terriens, j'espère que malgré la folie grandissante vous avez passé un bel été... folie du climat qui s'emballe, sécheresse démente, incendies, folie des hommes surtout qui en sont responsables et continuent malgré tout à interdire ici et là d'arroser les jardins partagés alors que d'autres jouent sans vergogne au golf ou que d'autres encore disparaissent de leur fonction présidentielle alors que le pays est à feu et à sang puis réapparaissent pour nous annoncer « la fin de l'abondance », ou que d'autres encore poursuivent une guerre honteuse par-dessus tout. Du calme et du sang froid, il va assurément en falloir pour mener à bien ce qui de toute façon, qui que quoi le veuille ou non : la Transition

Pour ma part, j'ai lu. Heureusement, pas qu'en lien avec le sujet car sinon il y aurait de quoi se faire sauter le caisson et tant qu'à faire je préfère que ce soit les dictateurs et les irresponsables de toute nature qui le fassent. Moi j'ai mieux à faire, j'ai à faire d'être utile, eh oui malheureusement c'est une de mes valeurs, j'aurais parfois bien préféré être une petite Trumpette à me foutre de tout et à me gaver cyniquement. Donc j'ai lu de la littérature, ouf un peu d'air, et des revues sérieuses, très sérieuses, pour faire avancer le chimililibliblik de la Transition. Heureusement là encore, malgré le sujet pas drôle et dont les générations antérieures (surtout les boomers) auraient pu nous dispenser si elles n'avaient pas agi en Trumpettes, j'ai pu trouvé de beaux textes, des idées et du réconfort. C'est cela que je veux partager avec vous car j'ai foi, nous allons y arriver : j'ai foi en nous.



En fait, il y aurait beaucoup à dire car tant d'information de qualité est publié, contrairement aux apparences qu'on veut bien cultiver. Je ne vais pas pouvoir restituer la richesse de l'apport de chacune des revues que j'ai lues et je m'en excuse auprès d'elles par avance. C'est déjà pas si mal si je me fais l'écho de leur travail (moi je suis bénévole:)) et si j'en extrais ce qui peut servir la noble cause, non ? Une chose est certaine, qui traverse les 8 magazines dont je vais vous entretenir et que je vous conseille de suivre régulièrement pour ne jamais cesser de vous informer par vous-même, de ne surtout jamais confondre information et communication, de ne jamais déléguer cette fonction informationnelle à quiconque : rien ne se passera si un changement de paradigme n'a pas lieu. C'est plat, c'est même presque devenu banal, oui sauf que modifier notre vision du monde, des autres, de nous-mêmes est la condition sine qua non et nous sommes au pied du mur. Dit autrement, il y a un cap essentiel à passer du même type que la Renaissance ou les Lumières et nous devons absolument le passer pour ensuite, et ensuite seulement, le décliner en plans d'action, lesquels incluent autant les politiques publiques que les comportements individuels. Ce changement de paradigme qui repose non plus sur la prédation généralisée mais sur un nouveau contrat de société plus équitable et sain n'est finalement pas compliqué ; il s'agit ni plus ni moins d'arrêter de faire à autrui ce que nous n'aimerions pas qu'il nous fasse. Si on avait en tête cette maxime à chaque instant, dans chacun de nos actes, tout roulerait. Ça s'appelle l'éthique et ce n'est pas du tout compliqué. C'est juste qu'entre elle et la majorité d'entre nous, il y a la paresse et des intérêts. Mais -autre platitude bonne à rappeler- quand on veut on peut, donc si chacun pense et pratique et n'hésite pas à faire remarquer à son voisin que non ça, ça ne se fait pas, ou à son élu que ça, ça serait mieux que ça, eh bien il y aurait un réel mouvement de masse et on avancerait. Je ne crois pas ou très peu à la nécessité de construire un discours alternatif, une nouvelle utopie pour mobiliser les foules. On reproche souvent cela aux « écolos », de ne rien proposer de sérieux, de ne pas faire rêver. Et maintenant, on demande aussi aux écrivains de s'y mettre, de bâtir un nouveau monde qui fasse rêver. Moi, par ailleurs je suis écrivain et je dis merde, non, pas question. Je ne démissionne pas du tout mais chacun son rôle et merde, zut, crotte, qu'est-ce qu'on vient nous bassiner alors que les vrais responsables ne se mettent pas ce genre de pression, cassent sans répit la baraque commune et surtout que les alternatives sont là, déjà existantes et incarnées principalement au niveau local? Surtout, si chacun pensait et obligeait ses proches à appliquer la maxime positive du maintenant ça suffit, ne me fais pas le mal que tu n'aimerais pas que je te fasse, eh bien il n'y aurait plus de problème. Donc l'éthique comme fil à plomb est là de même que la Transition déjà opérationnalisée par nombre d'acteurs qui ne la ramènent pas. Voilà de quoi aborder sereinement la zone intermédiaire, un peu grise de tracas, un peu rose de solutions, reflétée par les revues que voici (pour plus de confort de lecture, j'ai mis les références exactes et les liens à la fin de ma chronique):



  • Outre deux articles spécialement intéressants sur les enjeux agricoles (« Francfort-sur-le-Main : la guerre de l'eau aura bien lieu", sur le projet de méga-bassines destinées à l'irrigation comme fuite en avant soutenant le modèle de production intensif ; « Toulouse : L'étalement urbain pour seul horizon", sur la bétonnisation qui ravage terres nourricières, prairies et bois), un article p.15 d'Alternatives Economiques pose la question : « La bio a-t-il encore la cote ? ». En effet, pour la première fois depuis 10 ans, ses ventes ont baissé tandis qu'il représente actuellement encore une toute petite part de marché, 6%. Si cette chute s'inscrit dans le contexte plus global, l'an dernier, du marché alimentaire, cette donnée est inquiétante car elle concerne autant la grande distribution que les magasins bio type Biocoop. Plus inquiétant encore : le rythme des conversions en bio est désormais quasi inexistant. En revanche, comme le bio est aussi souvent écoulé en circuit-court (magasins à la ferme, de producteurs...), là il y a une bonne nouvelle car la vente directe, elle, a continué de progresser. Face au fait qu'1/3 des produits bio consommés en France, malgré tout de plus en plus (6,6% de la consommation totale), sont importés, la boucle locale apparaît plus que jamais comme la solution. Que ce soit à titre individuel, en tant qu'acheteur-bioconsom'acteur ou pourquoi pas porteur de projet, ou collectivement via la restauration collective. Car à partir du moment où chacun soutiendra le bio car non ce n'est pas la panacée mais oui c'est mieux pour la santé et l'environnement (en admettant que les deux soient distincts...), alors la production augmentera et de véritables marchés locaux plus sains se structureront. La loi peut et doit y aider, celle qui oblige à consommer dès cette année 20% dans ce type de restauration, alors que nous sommes actuellement à 6%.

  • La remarquable revue La terre-Engagés pour la nature et l'alimentation a consacré un dossier entier sur la hausse faramineuse des prix alimentaires et ses conséquences dramatiques. Car on nous parle beaucoup, pour ne pas dire on nous bassine beaucoup avec le thème de l'insécurité alimentaire qui est lié et qui menace effectivement, mais qui fait quoi exactement à part instrumentaliser en permanence le thème de la sécurité, le mettre à toutes les sauces et puis passer à autre chose sans régler les problèmes de fond ? A ce propos, rien que l'éditorial n'est pas tendre et fixe les enjeux de lutte car à un moment donné il ne faut pas s'y tromper. Je cite : « Selon la FAO, l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture, l'indice mondial des prix des denrées alimentaires a bondi de 30% ces derniers mois. Ici, le prix du chariot des courses de la semaine augmente, les privations dans les familles populaires s'aggravent... En Afrique et au Moyen-Orient notamment, la famine menace des millions d'enfants, de femmes et d'hommes (…). Derrière cette hausse historique, il y a des spéculateurs et leur rapacité. En effet, la FAO montre aussi que, pour l'instant, les stocks de grains sont à un niveau confortable. Ils sont détenus par de grands conglomérats privés qui font commerce du grain de blé, du soja, du maïs, du riz, de moutarde ou d'huile de tournesol. Mais le marché capitaliste a tellement tout dérégulé que ces quelques grandes sociétés transnationales, armées et soutenues par de grands fonds financiers, font la pluie et le beau temps (…). Et l'Organisation mondiale du commerce, comme l'Union européenne pourtant si sourcilleuse sur la "libre-circulation des marchandises" ne prennent aucune initiative pour empêcher ce cercle vicieux spéculatif. Pas plus que les conférences des Nations unies sur le commerce et le développement (CNUCED). Seuls la FAO et le Programme alimentaire mondial, trop souvent méprisés, tentent de faire entendre leurs voix. La connivence entre les institutions internationales et les cinq grandes multinationales qui déterminent le prix de l'alimentation est criminelle ». Et de rappeler ce qui est un leitmotiv des présentes chroniques : « Il y a urgence à repenser les systèmes alimentaires mondiaux comprenant les souverainetés alimentaires des pays, le respect des cultures vivrières, l'augmentation de l'aide au développement, la constitution de stocks publics permettant de réguler les prix ».

  • Tiens, en parlant d'Europe, elle se fait également bien et légitimement étrier dans l'analyse d'Inès Trépant dans la dernière livraison de l'Écologiste (pp.13-16). S'il s'agit bien de soutenir une Europe unie, surtout dans le contexte géopolitique actuel dont on doit plus que jamais tirer les enseignements mais aussi parce que c'est une aventure unique, magnifique, dans notre histoire et à nous de la tirer vers le haut, il est tout aussi nécessaire de dire les choses quand ça ne va pas. Or clairement il y a un problème avec la nouvelle PAC (Politique Agricole Commune) qui, elle, ne tire pas le modèle agricole intensif et destructeur à tous points de vue vers le haut. De quoi s'agit-il et pourquoi ? Là encore, il faut distinguer la comm' du reste, en particulier des mesures concrètes qui ont, ou pas, une force contraignante. Ainsi, la Commission claironne l'objectif d'une hausse de 25% des surfaces cultivées en bio et une baisse de moitié de l'utilisation des pesticides d'ici 2030. Or seul le texte de la PAC adopté en décembre dernier se doit d'être appliqué de 2023 à 2027 et c'est là que les choses se compliquent ou plutôt deviennent très claires : au train où ça va, vu qui décide vraiment, on n'y arrivera pas. Les exigences ne sont ainsi pas assez marquées en matière d'écoconditionnalité, autant dire les aides publiques (donc nos impôts) apportées uniquement à qui contribue à ancrer cette politique dans la Transition. Cela se traduit donc par la poursuite de travers graves épinglés de manière répétée notamment par la Cour des comptes européenne dans de nombreux rapports. L'incohérence des mesures -bien trop sous influence pour qu'il en soit autrement- est pointée car, par exemple, d'un côté 100 milliards d'euros sont affectés à l'action climatique dans la PAC et en même temps le productivisme agricole n'est pas remis en cause. Et dans ce domaine, l'élevage, la consommation de viande excessive par rapport à nos besoins apportent leur sombre contribution. L'autrice pointe par ailleurs du doigt les effets de contexte qui aggravent encore ces déficiences structurelles. En effet, les acteurs et promoteurs très organisés et mobilisés du modèle agricole dominant utilisent de manière opportuniste, donc cynique, le contexte géopolitique actuel. Là encore, il y a les paroles et les faits, lesquels impliquent jusqu'aux élus qu 'il ne faut donc pas manquer d'interpeller sur le sujet, à notre échelle, à la moindre occasion. Ainsi, « dans sa récente communication « Préserver la sécurité alimentaire et renforcer la résilience des systèmes alimentaires » (mars 2022), la Commission a proposé d'autoriser la remise en culture de terres mises en jachère pour la production de l'alimentation humaine et animale. Ce qui revient de facto à suspendre les exigences de la PAC en matière de biodiversité. Dans sa Résolution du 24 mars dernier sur la réponse européenne à la guerre en Ukraine, le Parlement européen a plébiscité cette proposition. Pire, il propose d'y autoriser l'épandage des pesticides. Entres autres mesures proposées par la Commission, qui a reçu son aval : l'assouplissement des exigences en matière d'importations d'aliments pour animaux (dont le soja et le maïs transgéniques ».

  • Le Un, remarquable synthèse nourrie chaque semaine de plusieurs regards, n'a pas manqué, dans son numéro de fin août, d'apporter sa contribution en mettant une nouvelle fois les pieds dans la plat. Posant la question « Comment nourrir la France ? », plusieurs voix s'élèvent pour répondre et je prends bien soin de ne pas choisir les plus militantes et les plus radicales. Car comme chacun sait, qui est militant est forcément radical... donc suspect. Je choisis donc de relayer la parole d'un agronome, personne légitime s'il en est dans un pays où compte plus qui parle que ce qu'il dit. Il s'agit de Philippe Pointereau, expert des impacts environnementaux de l'agriculture au sein de l'association Solagro, coauteur du scénario Afterres 2050 qui fait un état des lieux et propose une vision prospective pour l'agriculture et l'alimentation françaises. Je commence par la fin de sa longue interview car elle fixe à la fois l'urgence, les responsabilités et la condition d'un changement fertile : « (…) peut-être que la guerre en Ukraine va bousculer les choses avec l'envolée des prix du blé et des oléagineux. Si nous avions fait d'autres choix, nous n'aurions pas eu à subir ces impacts. La France peut produire à peu près tout, mais il faut une volonté politique pour organiser cela à grande échelle, avec par exemple des contrats pluriannuels pour sécuriser tout le monde. Nous n'avons plus le choix » (p.6). Il pointe une perte de manœuvre dans le domaine agricole du fait de 3 facteurs sur lesquels il serait bon de vite agir: croissance de la population, perte massive de terres agricoles et limitation des rendements par le changement climatique. Joue aussi le fait de à quoi servent les dites terres agricoles et là encore, clairement, il y a un problème lié à la production et à la consommation de viande. Cette dernière, toujours d'après la FAO déjà évoquée plus haut, est 1,4 fois trop élevée, ce qui a un énorme coût économique puisque des maladies y sont directement reliées. Elle pose en particulier un problème sur le chapitre de l'eau, autre élément de durabilité car « l'irrigation bénéficie en grande partie au maïs-grain -qui sert à nourrir les poulets et les porcs- alors qu'il faudrait arroser avant tous les fruits et légumes » (p.5). En tant que consommateur, nous pouvons soutenir ce qu'il liste comme faisant partie de l'alternative : concernant la viande, consommer moins mais mieux avec le bio, les AOC (Appellations d'Origine Contrôlée) et les achats en circuit-court ; diversifier notre alimentation avec des protéines d'origine végétale bio et locale, (ré)apprendre à cuisiner des poissons comme le maquereau ou la sardine, mettre des algues dans notre assiette, etc... En tout cas, il s'agit bien que la diversification alimentaire soit reflétée dans les champs car le tout n'est pas d'éduquer, il faut aussi mener des politiques claires qui encouragent cette diversification dans l'agriculture.

  • Bon, pour continuer sur la viande qui décidément interpelle en ce moment, j'ai eu l'agréable surprise de voir que le magazine 60 millions de consommateurs s'emparait du sujet et de manière plus générale de sujets « écologiques » pas forcément centraux dans sa ligne éditoriale initiale (pp.19-23). En même temps, c'est logique : qui entend informer le consommateur doit être attentif à ses préoccupations et lui apporter des éléments d'information sinon la cible est comme qui dirait loupée. Alors d'un côté je suis contente de cette évolution, que l'on parle des fameux steaks végétaux qui font tellement polémique tellement le lobby viandard fait pression pour garder le monopole de la sémantique (ne serait « steak » qu'une pièce de viande d'après une vision assez autocratique), mais d'un autre côté je suis un peu déçue de leur manque de mise en perspective. Car là encore, pour évaluer et bien conseiller, tout dépend du cadre. Or en centrant leur analyse uniquement sur ces produits, ils ne comparent qu'un échantillon de ceux-ci et en plus ils ne le comparent pas à la viande. Là où ils ont raison et rejoignent d'ailleurs le chercheur Anthony Fardet qui, dans l'Ecologiste (pp.17-18) déjà cité, remet en cause le Nutriscore et propose la notation Siga, c'est quand ils insistent sur le caractère bien trop transformés de ces alternatives. Or il vaut mieux, pour la santé, manger des produits le moins transformés possible. Ils ont beau jeu de souligner les « compositions longues comme le bras », la présence de pesticides et de gras. Si on élargissait la comparaison et qu'on incluait des steaks présentés comme de la viande, pas sûr que ce serait glorieux. Une chose est en revanche certaine : les galettes tirent leur épingle du jeu car elles apparaissent souvent moins chères et transformées... ce qui ne fait que confirmer une vérité : rien de sert d'acheter, acheter, acheter, autant faire ses galettes soi-même car si je le fais moi c'est que ce n'est vraiment pas compliqué. Rien ne vous empêche de réaliser de magnifiques galettes de sarrasin avec garniture salée ou sucrées équilibrées, ou alors de mélanger du lait animal/végétal, des flocons d'avoine et une courgette râpée pour réaliser une bonne base de repas. A un moment donné, il faut arrêter la course à la conso et se simplifier la vie, c'est vraiment justement ce qu'il y a de plus simple tout en étant économique.

  • Ah, le Do It Yourself comme fondement de notre nouvelle façon de voir et de notre nouveau mode de vie... Sans compter qu'on éprouve une satisfaction unique à faire soi-même et ce n'est qu'en essayant que l'on peut s'en rendre compte. Donc avanti, de même qu'avanti sur la réflexion intense et si nécessaire, de fond, sur l'évolution de la consommation. Celle-ci est l'objet du formidable (car synthétique, clair, documenté, utile) hors-série de la non moins formidable revue Sciences Humaines intitulé « Repensons la consommation ». Le propos est articulé en 3 parties. La première, relative aux bases du consumérisme, montre qu'il n'est pas propre à la Modernité occidentale mais on serait tenté de rajouter que comme cette dernière est à l'origine de la mondialisation, c'est bien dommage car du coup cette mentalité a contaminé le monde entier. Je parle bien de contamination car une véritable société basée sur le confort exclusif, la substitution des besoins par les désirs et la réduction de notre identité à ce que l'on consomme, est capable de consommer, sont apparues. La seconde partie est centrée sur les transformations de la relation marchande, un focus étant opportunément fait sur le rôle excessif des marques et les systèmes de réputation qui ne manquent pas de partir aussi à l'assaut du secteur alimentaire. Où il est encore question du Nutriscore, de comment bien évaluer ce que l'on achète et ce que l'on mange. La dernière partie pose un peu la question qui tue ou plutôt à laquelle il faut répondre pour ne pas être tués par elle : Peut-on changer nos façons de consommer ? La bonne nouvelle est : oui ! Comment ? De diverses manières déjà existantes et mentionnées ici (dont la vente en circuit-court) mais aussi en comptant de manière assez inattendue sur ce qui est souvent vu comme un sale défaut : l'égoïsme. J'ai beaucoup aimé et été assez convaincue, moi qui cherche depuis des années les meilleurs moyens pour pratiquer une sensibilisation efficace en vue de la Transition, cet article qui démarre cash : « Faire appel à l'altruisme ou à la morale ne fonctionne pas. L'utilitarisme est paradoxalement mieux armé » (p.53). Dans la lignée de Jeremy Bentham et de sa recherche forcenée du bonheur individuel, voici la proposition originale de la philosophe américaine Kate Soper : l'hédonisme alternatif. L'idée est la suivante : « Un changement significatif des pratiques ne peut venir que de l'insatisfaction et de la désaffection d'un nombre croissant de consommateurs à l'égard des formes opulentes de consommation. Elle peut être impulsée par les effets négatifs et le dégoût inspirés par les styles et les rythmes de vie frénétiques propres à notre logique de surconsommation. Le stress, la fatigue et la frustration ne sont plus compatibles avec notre égoïste recherche d'utilité. Autrement dit, si la surconsommation est remise en cause, ce n'est pas parce qu'elle détruit la planète, mais parce qu'elle représente un frein majeur à toute forme d'accomplissement personnel » (p.55). Halte donc aux injonctions culpabilisantes, encore plus à cette écologie tellement « fasciste » et tellement dangereuse! Place à une réflexion bien terre à terre : mais j'en ai marre, au fond, de courir après des trucs qui m'apportent quoi au fond?!

  • Et c'est là qu'on tombe sur le Philosophie magazine d'octobre 2022 (mais si, déjà en kiosque, qu'est-ce que vous fabriquez, vous l'avez pas encore dévoré?). Et là, c'est bam bam bam le coup de bambou qui vous casse tout enthousiasme. Ou alors vous aide au contraire à passer le cap nécessaire à passer. Alors, « La sobriété, pourquoi est-il si difficile de se modérer ? », question qui titille encore là où ça fait mal et trouve une réponse dans un dossier toujours aussi agréable à lire même si on ne comprend et on ne retient pas tout;). N'éludant rien du défi « méta » (« La sobriété implique une remise en question très profonde du pacte que l'humanité a noué avec elle-même autant qu'avec la Terre »), ce dossier permet d'atterrir en douceur en revenant à des fondamentaux et en s'inspirant de personnes ayant franchi le pas. Un des fondamentaux est de prendre conscience que « la source la plus sûre d'un accomplissement humain tient au plein exercice de nos facultés naturelles, dont nous prive le consumérisme ambiant ». Quatre témoignages viennent compléter ce tableau d'une décroissance heureuse car ayant enfin décroché de l'ultraproductivisme qui ne tient que par l'hyperconsommation.

  • Pour finir, le magazine roi en matière de positivité et de concret reste la lecture qui a irrigué tout mon été : le hors-série de Socialter « Comment nous pourrions vivre ». Vous noterez l'absence de point d'interrogation qui renvoie à une certitude basée sur du déjà acquis, pratiqué et donc reproductible, recommandable. Il s'agit bien, comme l'écrit Corinne Morel Darieux, autrice de Plutôt couler en beauté que flotter sans grâce, de « sortir de l'amer », amer auquel quelques constats peuvent nous condamner de même qu'à une inertie fatidique. Parmi ceux-ci, il est à mentionner celui d'Aurélien Berlan, « Nous sommes totalement à la merci des grandes industries qui nous nourrissent » (p.36). A l'inverse, la lumière est là à travers des initiatives comme celles de l'Atelier paysan qui « essaime auprès du monde agricole sa critique du machinisme et de l'inégalité d'accès à l'alimentation de qualité. Par des ateliers de formation pour concevoir un équipement agricole low-tech et des sessions visant à politiser et imaginer des actions communes, la coopérative met en œuvre son leitmotiv : sortir de l'impuissance » (p.90).

Ah sortir de l'impuissance, quel beau programme; il n'y a pas plus politique, de soi à la planète. Et pour cela, rien de mieux que se souvenir chaque jour de Rosa Luxemburg qui écrivait ceci depuis sa prison en 1917 : « Plus l'infamie et la monstruosité de ce qui arrive chaque jour passent toute limite et toute mesure et plus je me sens tranquille et ferme ».



Citoyennement vôtre,

©Yolaine de LocoBio,

Septembre 2022





Références des revues citées :

 
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