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Cogitations et actions
Chronique 151
14-03-2022

 

Chronique 151

Mini-guide LocoBio de Brest


 

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Bon, vous n'étiez pas forcément au courant ou, faisant partie de ceux au courant, vous vous moquiez un peu de moi et de mon rêve d'aller à Brest. Quelle drôle d'idée, une ville-port-arsenal au bout de tout, c'est limite si on sait où la situer sur une carte, et ce crachin et tout et tout... et tous les mauvais arguments quand on ne connait pas, quand on a la paresse de surfer sur des clichés totalement infondés. Eh bien moi, je me suis toujours moquée de ces a priori et aller à Brest était, si si, un des buts de ma vie ! Et j'avais bien raison car c'est en fait une ville-monde c'est vrai un peu étrange, bizarrement foutue, mais au charme évident, si attachante. Du coup, vous me connaissez et même si mon second but était de déguster un Paris-Brest de mon enfance justement à Brest (chose faite, mais en fait gâteau acheté à Morlaix, à la pâtisserie Martin), je n'ai pas pu m'empêcher de travailler pour LocoBio. Alors une fois n'est pas coutume, j'ai repris ma casquette d'auteure du 1er guide éco-citoyen de Chambéry et sa région -même si les chroniques font dès que possible office de recommandation d'autre chose que des livres-nourriture à penser- et je vous propose à la suite de quoi consommer responsable dans cette ville-phare et c'est peu de le dire.

Je pourrais bien sûr vous conseiller d'aller direct acheter un bon Kouign-amann sous vide, des chocolats fourrés au beurre salé ou, must du must, des babas raides de rhum, conservés en bocal, à la boutique Le pompon de Brest (https://www.pompondebrest.com). Ça, c'est si je n'étais pas raisonnable et vous non plus, donc on va pas commencer en se lâchant tout de suite... mais quand même, je peux attester que ça vaut la peine, histoire de se mettre un bon shoot de sucre et surtout de beurre d'entrée de jeu, de partir avec des souvenirs qui, déjà, si vite, bien vite, de retour dans des montagnes pourtant chéries, donneront vite envie de regagner une Bretagne non moins chérie.



Je pourrais bien sûr aussi vous dire de poursuivre vers le bas de la ville, toujours le long de la fameuse rue de Siam, et passer, enfin plutôt passer une heure, deux heures, enfin carrément la journée dans LA librairie culte de Brest, Dialogues (https://www.librairiedialogues.fr). C'est simple, c'est tout bonnement un ensemble de boutiques rassemblées et spécialisées chacune qui dans la papeterie, qui dans les stylos, qui évidemment dans les livres. C'est simple, quand vous y pénétrez, c'est comme pénétrer dans un temple car le bâtiment principal est sur plusieurs étages, assez clair et regorge d'ouvrages, que ce soit pour s'initier au breton (bon courage : belle langue, tout un univers et toute une grammaire;)) ou, en période de 1er sommet mondial sur l'océan comme ce fut le cas en février dernier, d'essais sur ce sujet légèrement délaissé. On est bien accueilli, et c'est vrai de manière générale, ce qui peut d'ailleurs un peu agréablement changer des montagnes pourtant chéries, et on est bien conseillé. A ce titre, j'ai acheté avec curiosité, motivation et empressement mon premier manuel de breton... et je dois dire m'être arrêtée pour l'instant à la page 2 car, malgré ma motivation, je préfère pour l'instant lire les contes en version bilingues français-breton. Je n'exclus pas de m'y (re)mettre mais je préfère poursuivre en vous parlant d'adresses, enfin plutôt de personnes, qui ont à mon sens davantage besoin d'un coup de projecteur, dont la démarche serait plus LocoBio.



Une visite s'impose ainsi à Madame Bout de Bois (http://www.madameboutdebois.bzh), dans le haut Jean Jaurès, ce qui signifie pour l'instant un quartier donnant un peu l'impression de se chercher mais ne donnant pas trop d'inquiétude, sauf bien sûr si les investisseurs en immobilier se ruent sur Brest comme ailleurs et font grimper les prix sans que cela dynamise réellement le tissu urbain. A ce sujet, heureusement que contrairement à Rennes par exemple, le TGV n'arrive pas jusqu'aux extrémités finistériennes car c'en serait fini d'une certaine abordabilité et plus certainement d'une certaine convivialité, n'en déplaise aux aménageurs de tous bords et à tout crin. Alors dans cette boutique située sur la colline, en-haut de la rue de Siam pour situer en gros, que trouve-t-on ? D'abord la Madame Bout de bois en question, caractère d'artiste bien trempé et appliquée à écouter ce que les branchages ramassés généralement en forêt ont à lui dire. Son antre conviviale fourmille donc de sculptures soufflées par les formes de la matière naturelle, lesquelles peuvent faire surgir un danseur, un couple... En tout cas, que ce soit pour les sculptures déjà existantes ou pour réaliser un cadeau sur commande, ou encore pour faire participer vos bambins à des ateliers, c'est une escale top.



Dans le coin, il y a aussi le siège de l'Heol, la monnaie locale (https://heol-moneiz.bzh). Une visite y est aussi intéressante pour trouver de la documentation qui ne peut laisser indifférent qui s'intéresse à une démarche de consommation LocoBio, c'est-à-dire le plus locale et le plus écologique possible. Sur leur site, vous trouverez aussi l'annuaire des parties prenantes, sachant au passage que l'un des problèmes des monnaies locales est que ça a été et ça demeure encore à la mode. Et donc les collectivités, comme d'habitude, ont investi le truc après un travail de défrichage bénévole fait par des militants, ont mis quelques deniers pour des emplois plus ou moins précaires, ont tiré sur la corde du service civique pas cher, bref c'est difficile de faire des miracles, de tenir sur la durée, avec juste des bouts de chandelle. Encore une illustration de la non-solubilité de la volonté politique dans juste l'affichage politique. Aussi, pour terminer sur ce cours chapitre, on peut sincèrement vouloir jouer le jeu de ces monnaies mais on accepte alors de ne se servir que chez les partenaires. Or en trouver suppose un travail de démarchage (voir problématique ci-avant car cela prend du temps) et ces partenaires peuvent au final être chers. Ainsi, je me suis entendu dire par une personne sachant de quoi elle parlait : tout le monde ne peut pas lâcher chaque semaine 100 euros à la Biocoop. Vaste sujet du prix, mais quand même, cela me semblait intéressant d'en reparler au passage.



Sur le passage, toujours dans le coin et en évoquant les épiceries bio justement, vous aurez le choix entre une épicerie participative fermée au sens où ne peuvent y acheter que les personnes ayant acheté des parts ou l'épicerie bio devenue classique, ouverte au tout-venant : Ticoop (https://ticoop.fr) d'une part et Kerbio centre-ville (www.finisterra.fr). Dans les deux cas, vous trouverez de quoi vous régaler et vous nourrir de bons produits locaux, beaucoup à base de sarrasin, dont les chips à base de cette "céréale" sans gluten et si gouteuse, sans parler de la farine qui vous permettra de réaliser vous-mêmes des galettes tenant bien au corps. Perso, je demeure un peu songeuse face au premier modèle car je n'aime pas trop par principe ce qui est fermé et, surtout, je ne vois pas l'intérêt d'avoir pignon sur rue, de n'être donc pas qu'un point de chute pour abonnés-initiés... et tout ça pour que quand on rentre, si quelque chose nous intéresse, on ne puisse pas l'acheter. Je veux bien que fermer l'organisation permette certainement le recrutement et l'investissement des membres dans une dynamique locale, via par exemple la commission d'achats, mais en quoi permettre au quidam d'acheter certes sans remise propre aux membres nuirait-il à la dynamique en question ? Si on veut tirer la conso responsable vers le haut, pourquoi se priver d'achats plus ou moins réguliers de non-membres, voire de touristes qui, oui oui, comme moi, viennent ponctuellement à Brest ? Je ne vois pas bien l'intérêt, c'est comme se tirer une balle dans le pied alors que c'est déjà assez difficile comme ça, et surtout ça donne un petit air sectaire qui contribue à discréditer la notion de local ; et ça non plus on n'en a pas besoin. M'exprimant ainsi, je fais part d'une certaine frustration que j'ai pu éprouver en tant que consommatrice potentielle dans le premier commerce et en tant que personne réfléchissant depuis assez longtemps sur ces questions. Le fond de la question est ce que l'on veut vraiment, quel est notre intérêt pour booster la consommation locale propre et, à ce titre, je préfère la logique des Biocoop de Rennes (scarabee-biocoop.fr, parmi d'autres dans la même métropole) qui permettent, moyennant l'achat minimal d'une part dans les 30 euros, de disposer d'une remise en tant que consomm'acteur, de participer à différentes activités au niveau local mais permettent aussi à la personne de passage de trouver ce dont elle a besoin tout en participant au dynamisme d'une vie économique locale alternative. Je mentionne cet exemple de Rennes tout en spécifiant que ce système doit bien exister aussi à Brest mais que j'en ignore l'existence. Je fais simplement remonter un sentiment et cette sensation d'exclusion qui m'anime parfois et que je trouve à l'opposé du but recherché. Mais cela dit, je me trompe peut-être et libre à vous de me faire part de vos remarques à ce sujet sur Cet e-mail est protégé contre les robots collecteurs de mails, votre navigateur doit accepter le Javascript pour le voir . Je ne manquerai pas de relayer des informations pertinentes dans de futures chroniques si c'est le cas.



Toujours côté épicerie bio, mais dans un quartier cette fois moins commerçant, même moins vivant tout court et on sent bien que l'ouverture récente de ce commerce fait déjà du bien, il me faut mentionner Le local des locaux, rue Richelieu (https://www.instagram.com/le_local_des_locaux_brest). Sous l'égide de Julien Dessain qui s'évertue à s'achalander au maximum en produits de qualité, cette ravissante boutique vous permettra, une fois n'est désormais pas coutume, de vous ravitailler en vrac ou de faire travailler l'illustratrice locale qui a fait sa charmante carte de visite. On attend avec impatience une terrasse avec un bon café ou une bonne bolée de cidre sous le soleil de Brest car, lui aussi tout autant que le crachin, n'est pas une légende et il est bien doux, même en février.



Pour en finir (temporairement;)) avec la nourriture, je ne peux pas ne pas mentionner non pas des magasins en particulier mais des produits qui m'ont frappée. D'abord le chocolat -noir au thé Earl Grey, un truc de dingue- de l'entreprise basée non loin, à Morlaix, Grain de sail (https://graindesail.com/fr) dont on retrouve le voilier cargo sur les étuis. En effet, outre le goût de l'aventure tout court, cette équipe se caractérise par divers engagements dans la véritable aventure de la Transition écologique parmi lesquelles l'usage d'une embarcation créée ad hoc pour transporter de part et d'autre part de l'Océan ses matières premières. Vous pourrez aussi craquer pour une bonne confiture à base des célébrissimes et délicieuses fraises de Plougastel (de l'autre côté du pont, au sud de Brest en allant vers la presqu'île de Crozon). Moi, mon pot provient de l'entreprise Bois Jumel mais j'imagine bien qu'elle n'est pas la seule et que vous pouvez sans doute vous pourvoir aussi chez Lapic Sivi... sachant qu'il y a aussi sur place un musée de la fraise et que le chutney à la fraise, c'est pas mal aussi avec du riz.



Bon, on l'aura compris, « faire du LocoBio » est de nos jours, enfin et heureusement, plus facile que quand nous avons lancé notre think thank lobbyiste vert en 2007 (rien que ça!;)). Mais d'abord cela n'est jamais acquis, loin de là, et ensuite on voit bien où le bas blesse : la nourriture domine toujours. Or si se nourrir bien est un besoin primordial, la vie et la consommation ne s'y limitent pas. En clair, à quand un ordinateur LocoBio, même si j'en entends déjà hurler quelques uns : mais c'est quoi cette course à la consommation, en plus des appareils informatiques pas forcément nécessaires, et la décroissance, et la sobriété heureuse, bon à la rigueur s'ils sont réparés ? Bien sûr, évidemment, qui dira le contraire ? C'est simplement que développer, malgré tout, des articles dont on peut aussi avoir besoin, dans un autre domaine que la nourriture, le tout avec un cahier des charges LocoBio, ce n'est ni donné ni gagné. Je voudrais donc ouvrir le champ et faire honneur à deux initiatives. La première concerne l'entreprise Ma Kibell (https://makibell.com), spécialisée dans les cosmétiques artisanaux, pas tous bio d'ailleurs. J'ai connu cette marque lors d'une virée dans la jolie ville de Morlaix où le gérant de la boutique qui les vend a pu me parler des produits, de leur genèse et de leur évolution, et je dois dire que cela tranche toujours quand on tombe sur quelqu'un de convaincu et de compétent, d'honnête aussi. Pour ma part et pour l'instant, j'ai acheté un dentifrice solide aux argiles et aux huiles essentielles qui rend mon sourire enfin assez carnassier, donc je suis satisfaite;). J'ai aussi acquis, pour une somme toujours modérée, le gel douche nature aux algues spiruline et le beurre hydratant corps-visage. Bon, je ne suis pas trop du genre à montrer mes fesses sur les réseaux donc je vous demande de me croire sur parole: tous ces produits ne font que me régénérer, m'embellir... même si la base n'était pas non plus trop mauvaise et donc je dois avant tout remercier mes parents. A savoir que cette entreprise propose aussi des produits d'entretien du type lessive écologique ou savon détachant mais je ne peux pas en dire plus, ne les ayant pas (encore) essayés.



Je terminerai cette balade brestoise en saluant le café-librairie solidaire Sapristi qui, de l'autre côté de l'assez vertigineux et impressionnant pont de Recouvrance, au-dessus de la Penfeld, vous accueille lui aussi chaleureusement. Il s'agit d'un lieu et d'une association, créés à l'initiative de Baptiste Davoud, qui cherchent à conjuguer accès à la culture via des livres d'occasion vendus peu cher, écologie et emploi pour des personnes en étant éloignées. Il est visiblement question qu'un autre lieu ouvre dans le même esprit et on ne peut que s'en féliciter car cela témoigne d'un dynamisme dont je suis repartie convaincue. Sachant que concernant Brest de manière plus générale, je vous avais déjà entretenu dans une précédente chronique de la démarche également engagée par la métropole en matière de plan alimentaire local, démarche dans laquelle est d'ailleurs impliquée l'association Vert le jardin, d'ailleurs pas seulement basée à Brest mais aussi notamment à Rennes. Sur leur site https://www.vertlejardin.fr, vous pouvez utilement trouver une carte des composts et jardins partagés en Bretagne, de même que des formations et de l'aide pour vous lancer dans cette aventure, véritable aventure aussi du compost et du jardin partagé.



Et voilà, vous constatez comme moi que Brest vaut plus qu'un détour et de bien pâles clichés et, peut-être comme moi, vous n'aurez qu'une envie : bien vite y retourner, crachin, tempête ou non, pourvu que j'y vois le soleil si beau s'y coucher vers de mystérieux horizons.



Citoyennement vôtre,

©Yolaine de LocoBio,

Mars 2022


 
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