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Cogitations et actions
Chronique 109
30-04-2021

 

La grande illusion de l'adaptation 

 

  

Si je devais définir l'Humanité, plutôt que le faire par son intelligence de laquelle découlerait sa nécessaire supériorité, je le ferais plus raisonnablement par sa capacité insondable à produire des illusions. Le souci, c'est qu'en principe les illusions c'est fait pour bercer. Or là, pas du tout, le délire de l'adaptation au changement climatique me donne perso le tournis. Car en la matière on produit, on produit, ça pour produire on produit mais encore un domaine où c'est pas trop de la production responsable. Au passage, après on dira des écrivains, de toute la littérature, mais au moins eux ils « délirent » généralement dans leur coin et la toxicité de leur production n'a rien à voir avec ceux qui contribuent à alimenter ce mythe mortifère. Sans parler des bénéfices. Car bien sûr que ce mythe, comme tout crime, a ses bénéficiaires avertis. Ce qui pourrait, si on voulait vraiment bien camper le décor, nous conduire à compléter la définition ci-dessus de l'Humanité : espèce à grande capacité de malhonnêteté sous couvert de préoccupations morales occasionnelles.

Bon, cela dit, qui que donc que quoi, c'est quoi que donc cette histoire, cas de le dire, récit entre les récits, cette histoire d'adaptation ? En fait, ça faisait longtemps que j'avais comme une drôle d'impression, un doute et à un moment, pouf, ça cristallise, tout devient clair. On préférerait que non et si, c'est comme ça. Alors on fait avec. « Faire avec », « faire avec »... tiens tiens... mais ce serait pas justement la définition même de l'adaptation ? Et si. Et même qu'on nous balance à chaque fois cette phrase attribuée à ce pauvre Darwin que même y'a que les espèces qui s'adaptent qui survivent. Et de se gargariser de l'aptitude hors norme des humains à s'adapter, la preuve : non seulement on a survécu mais en plus on est tellement des machines sophistiquées que faut voir comme on domine le monde et tout et tout et tout. Du coup, l'adaptation, on l'a plutôt à la bonne. Et le corollaire, c'est que qui ne s'adapte pas, ou semble ne pas s'adapter, ou alors on pense qu'il s'adapte pas parce qu'en plus il voudrait pas s'adapter, ben celui-là faut le garder en ligne de mire parce qu'il est dangereux, ennemi du système. Supputations, doxa progressiste hyper-techniciste, tranchées donc forcément guerre de tranchées. Faudra pas demander qui a commencé.



Et donc en vertu de cet a priori favorable importé des sciences naturelles et transformé en dogme social multi-usages, l'adaptation serait la clé, pour le coup la panacée remboursée à 300% par la Sécu contrairement à désormais l'homéopathie, de tous nos maux. Or quel est le mal en tête actuellement ? Le changement climatique bien sûr. Là, les signaux deviennent trop évidents pour que l'on cesse d'écouter les scientifiques qui alertent depuis des décennies. Alors le raisonnement (vicié), le concept (slogan publicitaire), ça serait : ben écoutez les gars, comme vous voyez, c'est difficile, c'est vraiment trop la galère d'atténuer la croissance, je veux dire d'attaquer le mal vraiment à la racine, en freinant un max, TOUT DE SUITE, les émissions de gaz à effet de serre. C'est vrai quoi, quelle flemme, faudrait quoi tout revoir notre système capitaliste qu'on a tout bien mis en place et qui nous profite, allez, à quelques uns bien déterminables (en deux mots, ça marche aussi;)), merde, on n'est pas arrivés jusqu'ici pour tout défaire et s'emmerder la vie. Du coup, comme les mêmes décident pour tout le monde et les politiques les laissent faire (de l'action trop limitée d'instances internationales comme l'ONU à de la corruption prouvant à tous les étages la redoutable efficacité du lobbying), ben qu'est-ce qui est logiquement arrivé ? Tout simplement que l'adaptation a pointé le bout de son nez et s'est aujourd'hui autant imposée que les notions d'atténuation et de transition dans le logos sur le développement durable. Perso, je trouve ce coup de force assez admirable, comme si on ne pouvait pas quelque part, un petit quelque part en soi assumé, s'empêcher d'être fasciné par le Mal. Enfin pour tout dire c'est l'aspect stratégique du coup de forces qui me fascine parce que sur le fond c'est hallucinant de voir ainsi cohabiter sans problème de cohérence et sur le fond conceptuel et sur la forme des multiples politiques en tous sens des notions diamétralement opposées. C'est un peu comme si l'Humanité était prodigieuse, parvenait par une secrète alchimie à faire la synthèse des synthèses. Sauf que tout ça c'est impossible, c'est que du blabla : à un moment donné, il faut choisir son camp et agir.



Du coup, comme ce sujet m'intéresse, je m'intéresse à qui s'y intéresse, logique ! Et c'est là que je prends de la camomille pour pas monter dans les tours de vigilance trop vite. Mais j'avoue, ça marche pas. Et pourquoi ça marche pas ? Parce que je vois trop que ça se gargarise de l'adaptation et que ça sent même carrément le business de l'adaptation. Des exemples, j'en aurais des tas mais je vais me concentrer sur un webinaire vu l'autre jour et qui s'intitulait « Terra, prossima frontiera : adattamento. Suolo, microbioma e piante sentinelle dell'evoluzione » (Terre, prochaine frontière : adaptation. Sol, microbiome et plantes sentinelles de l'évolution). C'était le 22 avril dernier, à l'occasion de la Journée mondiale de la Terre (si si, ça existe... et le lendemain le frenchy propre sur lui Thomas Pesquet a rempilé pour une 2ème mission inutile et indécente dans la station spatiale internationale, mais bon, chacun ses priorités comme on dit, fin de la longue parenthèse un peu énervée). Je tiens à dire tout d'abord que je prends ce webinaire en exemple et que je n'ai absolument rien contre nos ultra-amis italiens vu qu'on est comme eux. Deuzio, les gens qui sont intervenus dans ce cadre ne sont sans doute pas les pires puisqu'il y avait des chercheurs et un journaliste (bon, je veux pas dire, zéro femmes, mais on va pas non plus encore en faire une longue parenthèse, on a compris sur le chapitre du léger énervement). C'est juste que juste retour des choses, je les prends comme échantillons de mon petit laboratoire perso dans ma petite tête. Honnêtement, si je resitue les choses, j'allais à ce webinaire la fleur au fusil, j'étais hyper-positive ( ça m'arrive, c'est juste que j'attends d'avoir significativement du positif sous les yeux pour changer de braquet en-dedans). D'abord, en mode pénible à toujours se poser des questions et on va jamais y arriver, mais si, c'est comme ça en passant au tamis toutes nos pratiques sociales, donc d'abord j'ai eu soudainement un mouvement de recul : putain, moi aussi j'étais encore à mon ordi, à bouffer de la connexion énergivore et a participer à ce qui est sans doute aujourd'hui le plus grand impensé de l'époque anté-pendant et post-covid : la transition énergétique du secteur digital. Tout le monde ou à peu près s'en fout, sauf que pendant que tu (te) fais un webinaire sur l'adaptation, tu participes en tant qu'émetteur et récepteur à l'échec probable de la même adaptation. Encore un prodige humain et alors, dans ces cas-là, tu te dis, comme dans le jeu à la radio quand j'étais petite et je sais pas s'il existe encore : alors, stop ou encore ? Je veux dire : je continue ou j'arrête de regarder le webinaire ? Eh oui, compromis-compromission, on rase toujours de près les angles et, comme toute personne malhonnête de base, je sors mon bouclier de « mais c'est pour la bonne cause! ». Et le pire c'est que c'est pas faux parce que ce à quoi j'ai assisté m'a laissé assez pantoise. C'était entre un auto-satisfecit dans l'entre-soi de grands mâles blancs et le lancement marketing de waouh on a trouvé la solution et on va se faire grave du gras dessus. Et donc c'est bien la preuve, une fois de plus, que tout ce qui traîne/évolue sur le Net, est à ne pas confondre avec de l'information. Très clairement, chacun s'engouffre désormais dans les webinaires pour faire sa pub et y'a de tout, ma bonne dame, faut trier parce que y'a vraiment de tout. Après une brève introduction enthousiaste de l'organisateur, un universitaire, la parole a été donnée à un journaliste faisant clairement la pub pour son film, originalement appelé « Adaptation », au hasard en anglais et j'ai rien contre cette langue, c'est juste que comme par hasard. Ce film, vous le trouverez sans problème sur le Net, pas besoin d'en rajouter. Son idée à lui était qu'il fallait absolument communiquer sur ce qu'il considère comme une nécessité, l'adaptation, cela afin de favoriser son acceptation sociale. D'où sa raison d'être (clairement on n'est jamais mieux servis que par soi-même) et celle de ses actions, parmi lesquelles ce film ronflant à grands renforts de belles images et de musique épique. Sérieusement, est-ce qu'on a besoin de mettre des moyens dans un flan pareil ? Ensuite, ce sont différents chercheurs, souvent dans la biologie et l'agronomie, qui se sont succédés pour finalement abonder dans le sens de la nécessité de leurs propres études (re les vertus de l'auto-proclamation) et des avancées de l'innovation. Car la ligne générale est : les gars, soyons sérieux, le changement climatique est là, il produit des effets sur l'agriculture et menace l'alimentation donc pas de panique c'est la panique, faut quickly trouver des solutions pour que l'agriculture arrête de subir, mais pire, qu'elle arrête aussi de faire subir au climat de par ses pratiques traditionnelles et intensives. Jamais, bien entendu, l'hérésie qui consiste à ne jamais poser la question de la croissance démographique n'est remise en cause. Surtout, on reste bien dans le schéma et on fait comme si on n'avait pas compris que pas de ressources infinies pour une population peut-être pas à l'infini mais sur la pente exponentielle. Non, ça non, jamais. L'humain a tous les droits en vertu de sa sacro-sainte supériorité. Et puis quoi encore, on va pas remettre en cause cette liberté ??? On verra, on verra, après tout les idées font leur chemin et on peut ne pas perdre espoir qu'un vrai débat s'ouvre à ce sujet. Et que cesse le chantage à la sécurité alimentaire. Bon, toujours est-il que quoi, c'est pas bien de dire que l'agriculture doit aussi s'adapter ? Ben disons... que non si le mot magique encore sorti du tiroir c'est, attention, « l'innovation ». Car innover, innover, tout le monde innove tous les jours pour mener sa petite barque, c'est pas la question, mais y'a des changements qualitatifs, de la dénaturation possible dans l'air. Et puis quand ces changements qualitatifs ils passent à l'échelle, ben là on est dans des changements, disons, numériquement importants. Autant dire des risques de bascule que bien sûr certains potentats férus d'humanisme et de vivant dit augmentés appellent de leurs vœux. Et du coup, l'adaptation en question, ben ça peut être par exemple de renforcer la résistance des plantes à la sécheresse vue que la sécheresse va augmenter et que même c'est déjà le cas, entre autres, dans le sud de l'Italie. Ah, donc il ne s'agit pas de remettre en cause substantiellement le phénomène à l'origine de tout, ce qui cause la sécheresse, donc le changement climatique, donc promouvoir le paradigme de l'atténuation. Si on les interrogeait, toute la gagne de ce jour ne l'écarterait pas. Ils diraient sans doute juste que ce n'est pas leur objet et qu'il faut se rendre à l'évidence, bon sang de bon sang, grandir quoi, être pragmatique. Je vous passe toute la robotique et les objets connectés pour savoir si les plantes vont bien, un peu comme vous, quand vous serez bien vieux et que la puce de dessous votre peau dira que vous avez envie de pisser et qu'il faut appeler Popo-le-robot à la rescousse. Les drones, l'intelligence artificielle... je vous dis : tout y est passé et a été convoqué pour justifier l'injustifiable, à savoir le vrai et seul combat qui vaille : cesser de compter sur la technologie pour nous servir à la fois de béquille et de bandeau pour nier la réalité.



Bon, inutile de dire que quand la connexion s'est interrompue après de bruyantes manifestations de contentement face à des exposés brillants, ben moi je suis retournée à ma camomille. En fait, j'ai dû m'en refaire parce que pendant le webinaire, j'avais tout siroté.

Du coup, un conseil : plantez de la camomille bio dans de la vraie bonne terre saine. On dirait pas, mais ce combat-là est au cœur de tous les autres combats.



©Yolaine de LocoBio,

30 Avril 2021

 
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