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Chronique 95
21-09-2018

Pourquoi la lutte contre le changement climatique

n’est pas la solution

 

  

Alors j’arrête tout de suite ceux qui pourraient se réjouir en se disant : enfin elle lâche, enfin elle a compris, enfin elle va plus nous faire ch… Mauvaise nouvelle pour les climato-sceptiques  et leurs cohortes de lobbies : non, je n’ai pas viré de bord et je ne me suis pas ralliée au camp des cyniques adossés à la mort.  Tout le monde ne peut effectivement pas en dire autant quand on pense que certains – et sûrement certaines, il n’y a pas de raison- consacrent en 2018, oui, en 2018, leur prétendue intelligence et tous leurs moyens, licites et moins licites, pour neutraliser les progressistes et continuer paisiblement leur business. 

Ceux-là continuent à nier le rôle de l’action humaine dans le changement climatique et font, en tout cas, tout pour le minimiser. Pourquoi se priver des techniques de manipulation de base ? C’est vrai, ce serait idiot, surtout quand au hasard, on représente le patronat auprès, si près, des instances européennes et que l’enjeu est de surtout ne pas avoir de réglementation contraignante. Car le souci est bien de rester concurrentiels dans un marché mondialisé, de ne pas se faire doubler et… et… et attention si on se casse la gueule, attention au risque d’instabilité.  Pourquoi se priver des discours les plus ringards, là encore c’est vrai.

 

Bon, stop. Fin du film. Enfin j’espère pas. Je me bats même à mon échelle de mon monde à moi pour cela. Bon, donc, qu’est-ce que je voulais dire par ce p… de titre, que le climat, la lutte contre le changement climatique, c’est pas la solution. Je modère : évidemment que c’est une solution car c’est un problème, même majeur le problème. L’avantage principal de cette lutte est d’être dans le genre assez complète, transversale et surtout d’enfin permettre la mise en mouvement car sans ça rien, on pourra se brosser. Pour moi, au vu des décennies écoulées- écroulées,  c’est son mérite et non des moindres. Toutefois, et je pèse comme d’habitude mes mots, il ne faut pas oublier que le climat n’est pas arrivé sur la scène politique par l’opération du Saint-Esprit. Il est bien le résultat d’un processus de politisation. Cela signifie que comme dans toute lutte, des acteurs se sont mobilisés à un moment donné sur un problème construit comme tel. Cela ne signifie absolument pas que le climat ne soit pas un problème appelant un traitement politique. Cela signifie juste qu’il n’est pas le seul et que d’autres problèmes « écologiques » n’ont pour l’heure pas réussi avec autant de succès cette phase incontournable de politisation. Cela signifie qu’il faut aller plus loin car l’entrée par le climat présente des limites alors que nous sommes au temps d’un choix radical. Ne pas saisir cette opportunité historique pour changer de paradigme, refonder notre rapport global à notre propre corps, aux autres animaux et à l’ensemble de la planète est l’erreur à ne surtout pas alimenter.

 

Or que constate-t-on en ce moment ? Dans le sillage de la démission de Nicolas Hulot, et sans grandes illusions avec le nouveau ministre Macron-compatible, c’est la question du climat qui s’impose plus que jamais. Avec la sous-question : quelle est la bonne manière de s’y prendre pour mener une lutter efficace afin d’éviter de tous mourir comme des chipolatas en plein désert ? Il est donc présenté comme acquis que la transition écologique se résume à cette lutte et qu’à l’intérieur de cette lutte, se pose le problème de la temporalité… et de la radicalité. Car tout le monde a un peu la pétoche… même s’il me paraît éthiquement difficile de mettre sur le même plan celle, au ventre, des réfugiés climatiques déjà dans l’errance (ce qui nous attend) et celle, de salon, des nantis obsédés par la prospérité de leurs petites affaires. Le problème, donc, c’est qu’on n’a plus le temps. Et en même temps, faudrait y aller par les petits pas, expression qui revient beaucoup actuellement. Les petits pas des Etats, des entreprises, des citoyens, comme ça tous les petits pas de tout le monde ça ferait un grand pas.  Esthétiquement, c’est pas mal, ça donne de belles images de belles trajectoires dans la tête. Sauf que dans le réel, ça marche pas comme ça. Canicule, typhons par-ci par-là, ben non, on attend le déluge officiel, celui des textes canoniques, mais quand ça frappe à la porte du réel, rien, niente, nada de nada.  Comme on a le temps, on se pose encore ce genre de question, à savoir si l’écologie est définitivement incompatible avec l’économie ou pas. Le truc genre on ne voit pas les emplois créés par l’agriculture bio, sans compter la valeur ajoutée, la fameuse. Le truc genre on ne voit pas les fabuleuses et uniques opportunités d’investissement et d’innovation  économiques de la transition écologique. (Comme quoi, quand je fais un effort, moi aussi je peux parler économie et tout le charabia malheureusement enseigné dès le lycée, vaste autre sujet).  Bah, il doit bien y avoir des colloques et des forums qui traînent encore sur le sujet. Sérieux, y’en a qui ont le temps ! Le souci, c’est qu’en fait personne n’a le temps. Sauf les dingues qui pensent à leur fuite de riches dans la stratosphère. Et encore, et encore, faudra voir. Bon coup de pub en attendant.

 

Bref. Donc le climat. Le climat, en vérité je vous le dis, ce sont les vraies bonnes lunettes pour appréhender et changer les choses. Car tel est bien l’enjeu, non ? Soit. Mais n’est-ce pas finalement une façon encore très anthropocentrique de poser la question et de la biaiser, à l’intérieur même de ce que nous appelons l’humain? De fait,  deux questions essentielles sont, elles, totalement écartées : ce que nous sommes vraiment et quels sont nos besoins essentiels, de même que notre relation au monde. Le premier point renvoie clairement à l’escalade technologique qui, sans réflexion dessus, ne sera toujours vue que comme bénéfique car répondant à des besoins qualifiés comme tels. L’enjeu est ici la modification de l’humain lui-même. L’urgence est donc de se recentrer sur les besoins vitaux et de dérouler à partir de là une méthode pour faire émerger un modèle alternatif global. Autant dire virer le superflu qui nous pollue et garder ce qui nous constitue. L’équilibre proviendra de la seconde considération, à savoir en finir, enfin, avec la domination de l’Homme tout court et de l’homme blanc en particulier. Cela signifie, attention au vertige mais ça va bien se passer : inventorier et prendre en compte les besoins vitaux du bien mal nommé « environnement ». En clair, à la racine du changement systémique qui nous attend, il y a ce que requiert le vivant naturel pour se maintenir et se développer. Le voilà, le défi : l’ouverture d’esprit, la mise en mouvement et en modèle, la pédagogie, fédérer les énergies pour le grand, le vrai, le seul basculement. Et tout cela on va dire assez vite parce que mollo les petits pas, les petits pas, moi, j’y crois moyen. La faute à qui ? Au temps perdu, pardi ! Et merci qui, oui merci qui ?

 

En vérité, je vous le dis, le temps est venu d’une vraie belle utopie, celle qui défend tout bonnement et simplement la vie sous toutes ses formes. Il est temps de se bouger, et même dans les rangs de ceux qui se présentent comme les plus avancés sur le plan de la lutte écologique. Je viens de terminer le bouquin consacré à Notre-Dame des Landes (Eloge des mauvaises herbes. Ce que nous devons à la ZAD, aux excellentes éditions Les liens qui libèrent) et l’article qui me semble le plus visionnaire est à ce propos le suivant : « La crise d’une utopie blanche ? », par Amandine Gay, cinéaste, universitaire et écoféministe (tiens, tiens, pas un hasard ?). Elle exprime très bien son malaise face aux mouvements écologistes métropolitains, étant à la fois solidaire d’eux mais frustrée par le manque de réciprocité vis-à-vis de personnes comme elle, racisée et périphérisée. Elle épingle une sorte de deux poids deux mesures genre sensible aux pâquerettes mais déjà moins aux enjeux raciaux/racistes. C’est vrai que c’est un peu gênant et comment ne pas lui donner raison quand elle écrit : « L’utopie écologiste, telle qu’elle continue à être pensée et mise en œuvre en France, n’inclut toujours pas les gens comme moi. Il est urgent de sortir de cette attitude qu’Aimé Césaire appelait, en 1956, le « fraternalisme », et qui pollue encore les milieux alternatifs et la gauche française. Votre rapport aux non-Blancs et à nos luttes doit changer, si vous souhaitez réellement contribuer à repenser l’avenir de l’humanité tout entière » (p.164).

 

Je ne peux que souscrire… en élargissant encore davantage le propos : votre rapport aux non-humains doit changer, si vous souhaitez réellement contribuer à repenser l’avenir de l’humanité tout entière.

 

     ✔                   Sur ce, trêve de, j’ai repéré pour vous, consommateurs hautement conscients, politisés à souhait, responsables en conséquence, et néanmoins gourmets… quoi ? Un nouveau café alternatif à Chambéry : Le coin de la roue, ouvert en mai par la très ancienne association « écolo » locale La Mandragore. Il se présente comme « un espace ouvert à tous pour exprimer sa créativité et vivre les alternatives de vie en toute conscience ». Tout un programme pour une adhésion à partir d’1 euro. Moi je dis : j’achète ! + d’infos sur leur site et sur place, bien sûr.

 

 

 ©Yolaine de LocoBio

   21 septembre 2018
 
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