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Chronique 91
22-06-2018

Parce que l’Histoire n’a qu’un seul sens : le sien !

 

  

   Bon, vous aurez sans doute remarqué un certain silence depuis quelques temps, sur ce site. C’est bizarre, c’est louche, c’est même un peu suicidaire de ne pas « animer » un site à notre époque, de ne pas chercher à « faire du contenu » à tout prix, de ne pas en piller ailleurs non plus. Oui, c’est étrange. C’est étrange mais c’est ainsi. A quoi bon les appels récurrents à la méditation si jamais, concrètement, on ne fait silence ? Alors voilà, c’était zone blanche, six longs mois pris entre vivacité et perplexité. Ce serait mentir qu’affirmer la prédominance de la première sur cette dernière. C’est que les temps ne sont pas glorieux. On tient, c’est tout. Telle est la gloire reçue en héritage. On malaxe la patate chaude entre nos mains, on essaie de la calmer, de la refroidir un peu et de voir la forme, oui, quelle forme on pourrait bien lui donner.

Pendant six mois, à vrai dire, j’ai beaucoup lu de livres et d’articles, écouté diverses émissions, vu des films. J’ai tenté de poursuivre ma réflexion, toujours happée par la même obsession : comment, oui comment va-t-on s’en sortir ? Je ne suis pas la seule à me poser la question, loin s’en faut. Je n’ai pas tout lu, tout écouté, tout vu. Mais quand même, j’ai une petite idée, j’ai un petit aperçu, à force. Et cette idée, cet aperçu sur le monde, sur l’époque, ce sont précisément eux qui m’ont cantonnée dans le silence. C’est que je ne sais plus quoi dire ! Oui, c’est pas compliqué : je ne sais plus quoi dire. Et je ne suis pas la seule, loin s’en faut. Un esprit aussi alerte que Joann Sfar cale lui aussi. Je l’entendais récemment à la radio et il disait que face à ce qui se passe avec les migrants en Italie et aux Etats-Unis, il n’a plus d’humour, il ne peut plus faire de dessins « rigolos ». On pourrait rajouter la France, car invoquer la géographie pour laisser dériver un bateau jusqu’en Espagne, prétendument plus proche, c’est pas glorieux glorieux. Là, on peut dire que c’est pas glorieux.

 

Dire, tel demeure pourtant le combat. Le silence ne peut avoir qu’un temps, on ne peut pas aussi leur laisser ça. Alors dire, soit, mais quoi ? J’ai du mal à dresser un plan d’ensemble. Au moins, moi je suis honnête et je le dis. Néanmoins, en ces six mois, des mots ont émergé de la confusion. Des mots, tiens, comme consentement ou  mieux : considération. L’affaire Weinstein et la réaction qui a suivi y sont pour quelque chose : on voudrait qu’une réelle opportunité se crée pour enfin repenser les relations femmes-hommes. On voudrait… et c’est bien. Mais sincèrement, je pense que la clef réside dans la considération, c’est-à-dire dans la manière de regarder et de respecter le vivant. On ne peut plus faire l’impasse. Sans cette révolution culturelle aussi intime que collective, donc politique, on ne pourra pas aller plus loin.

 

D’où le silence. En effet, pour qui a lu mes chroniques, celles d’avant la zone blanche, les choses devenaient  peu à peu évidentes. Qui m’a lue ne peut pas dire qu’il n’a pas vu le coup venir. Autant que moi j’ai accueilli ce silence avec, à force, une certaine sérénité. Car se taire quand on ne peut pas aller plus loin, ce n’est pas renoncer. Non, au contraire, c’est insister, rendre visible l’impasse, dire, répéter que sans la considération, ça ne passera pas. On croit avoir le choix, on se disperse en illusions toxiques de « fusion homme-machine », on fait dans le simulacre –et maintenant, une exposition avec des objets de la série Game of thrones, qu’est-ce quon s’en fout, mais qu’est-ce qu’on s’en fout de Game of thrones !-… en attendant, la considération attend. Elle attend comme une âme en peine. Elle ne se cache pas, elle au moins, elle se montre telle qu’elle est. Oui, c’est ça, elle attend qu’on se décide à la révolution qui nous attend, celle du nouvel humanisme où il n’y aurait plus de causes isolées mais une espèce humaine enfin à la hauteur de ses responsabilités.

 

Donc l’attente attend. Très beckettien, ma foi, tout ça. Cela dit, vous, vous ne perdez rien pour attendre car je vous ferai bientôt part de quelques lectures et films, histoire de. Mais seulement si vous êtes sages. Alors soyez-le et vous verrez. En attendant, bon début d’été.

 

 

 ©Yolaine de LocoBio

 Juin 2018

 
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