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Chronique 72
24-06-2014

La crise, une opportunité à ne pas rater

 

  

Ça y est, c'est l'été et avec lui le temps de la chronique LocoBio dédiée à cette saison élastique où, en principe, vous aurez un peu plus de temps. Et du temps pour quoi faire ? Surtout ne pas déprimer même si les résultats des dernières élections européennes -voir le fort taux d'abstention, si peu pris en compte et au sérieux- pourrait nous y inciter. N'épiloguons pas, ou plutôt n'épiloguons plus car beaucoup de colère a déjà été exprimée, ou plutôt tiens, si, épiloguons encore un peu, prenons un peu de temps pour comprendre comment nous en sommes arrivés là. « Là », c'est... la crise. Elle commence à nous gonfler celle-ci, soit, mais on gagnera certainement à l'avenir en la sortant des poncifs et en la regardant en face.

C'est ce que font deux éminents penseurs interviewés dans la revue Socialter (http://www.socialter.fr) consacrée aux innovations sociales, aux technologies et aux entrepreneurs du changement. Dans son n°5, un focus est mis sur l'une des causes de cette crise, le divorce entre impôt et société avec en toile de fond bien des privilèges et trop d'incommunication. Ainsi, pour l'économiste Paul Jorion, « Au cœur de la dépression des années 1930, Keynes (confrère américain, ndlr) pense qu'il faut minimiser le dissensus dans la société pour éviter que le ressentiment ne détruise le tissu social. Le renversement en 2008, c'est la disparition de cette préoccupation. La concentration des richesses devient telle qu'elle permet l'émergence d'un « capitalisme de copains » et que le souci du consensus soit tourné en dérision. Cette attitude des élites nous ramène à des climats de type 1788, où une aristocratie arrogante ignore le peuple superbement. ». Et l'historien Nicolas Delalande de poursuivre : « Tous les éléments d'une crise sont bien présents, mais il n'y a pas vraiment de projet alternatif. En 1788, il y avait déjà eu un travail de sape symbolique et idéologique de la monarchie absolue. Au contraire, un des effets les plus pernicieux du néolibéralisme, c'est d'avoir largement gagné sur les imaginaires. » (p.53). La crise est donc bien là, profonde, très profonde.


Cette profondeur est d'ailleurs confirmée par un article en apparence sans lien avec le précédent puisque consacré à la réouverture -regrettable et regrettée- du parc zoologique de Vincennes. Il faut se méfier de ce qui apparaît sans lien puisque les liens sont au contraire patents, le sort réservé aux animaux éclairant bien souvent celui réservés aux animaux réputés supérieurs que sont les hommes. Plus de cage, donc, mais 5 « biozones » imitant les principaux écosystèmes. Plus de barreaux visibles mais des êtres vivants bagués, confirmant ainsi la pertinence des analyses de Gilles Deleuze et le passage d'une société de surveillance (Michel Foucault) à une société de contrôle. En pages 18 et 19 de Philosophie Magazine (http://www.philomag.com) de ce mois-ci, vous tomberez de la sorte sur ce constat fort pertinent et sans appel : « En somme, ils sont un peu comme vous et moi : nous sommes libres, et pourtant nos interactions avec notre environnement sont construites de telle façon que les dérapages sont rares. Pour eux, cette liberté modérée est plus viable que la véritable liberté, puisque leur environnement est en voie de disparition et qu'ils sont souvent victimes des braconniers dans la nature. A moins qu'il ne s'agisse là que d'une illusion ? Telle est la question que posent les sociétés de contrôle, bien plus agréables en un sens que les sociétés de surveillance, mais où chacun file doux. ».



Ne pas se laisser totalement piégé et garder la capacité de vivre une autre vie, peut-être sa vie, la vraie. Tel est l'enjeu pour chacun et tous en même temps. Cela implique de rompre radicalement pour revenir aux fondamentaux, aux besoins fondamentaux et de ne plus être un acteur passif dans une économie qui est sortie depuis trop longtemps de sa place. Certes la crise, comme toute crise, est un moment périlleux, désagréable, mais pourquoi ne pas percevoir en elle une formidable opportunité de changement ? Il ne faut pas craindre de renoncer si le renoncement est source de vie, de nouveau départ. D'ailleurs, pour s'en convaincre majestueusement, ne pas oublier de mettre à profit la saison estivale pour aller au cinéma et contempler ce bijou qu'est le dernier film de Pascale Ferran, Birdpeople (http://www.lemonde.fr/culture/article/2014/06/03/bird-people-vol-au-dessus-d-un-monde-deconnecte_4430776_3246.html). A la suite d'autres histoires comme Habemus papam ou Lulu femme nue, il y est question de révolution à la fois intime et anthropologique, de rupture pour la bonne cause, de mutation et de renaissance. Nous n'avons donc pas le choix : c'est affronter la crise, la faire nôtre, ou alors n'en rien faire du tout et disparaître.


La changement -on l'appelle aujourd'hui « Transition »- s'avère par conséquent global. Evidemment, il présente une dimension sprirituelle. Evidemment et heureusement pour sortir enfin du néant dans lequel le matérialisme à outrance nous a plongés. Tout va devoir être révisé : qui nous sommes, ce que nous faisons ici, comment continuer. Cela fait peur. Il y a de quoi. D'un autre côté, pas le choix. Si ça c'est pas une opportunité ! Alors un moyen de se rassurer est peut-être de ne pas y voir un changement aussi... on dira vertigineux de par sa globalité. Oui, un bon moyen de ne pas rester statufiés par la peur légitime, c'est de se raccrocher à ce que nous connaissons et d'agir dessus. C'est là que l'on retombe sur la consommation responsable, ambition au rabais pour les uns et action de proche en proche pour les autres. Elle est les deux mais la considérer suivant la deuxième perspective est la solution la plus raisonnable pour agir concrètement. Au programme de vos lectures, pourquoi donc ne pas vous offrir du temps pour aborder le dossier de Question philosophie n°5 (http://www.lafontpresse.fr) -décidément, on va croire que j'ai des actions boursières chez les philosophes, alors que pas du tout, ce serait le comble du déraisonnable, non?!-. Intitulé « La société de consommation en question », il a pour grand mérite de vous présenter plusieurs synthèses intéressantes, l'une sur ce que pensent les sociologues de cette évolution sociétale majeure, l'autre consacrée à sa dimension existentielle et aux analyses de Gilles Lipovetsky. Et de conclure sur « l'apprentissage de la modération » qui passe par des pratiques de décélération décrites page 72.


Ces alternatives font l'objet du hors-série en format poche d'Alternatives économiques « Consommer autrement » (http://www.alternatives-economiques.fr/consommer-autrement_fr_pub_1301.html). Ce numéro a l'immense mérite de présenter les problématiques de fond et des solutions pour lutter contre le gaspillage (p.50), décrypter les étiquettes grâce à un site et une application (p.58) ou encore échanger (p.82). A noter, au passage, un article sur un sujet plutôt tabou et néanmoins bien dans le décor : « Les pratiques écolos renvoient-elles les femmes à la maison ? » (p.101). Il semblerait que non, que ce ne soit pas une question de pratique écolo mais de pratique sociale, domestique, millénaire, tout court. Certes, mais le « do it yourself » prôné par les alternatifs/ves est concrètement réalisé par qui ? Où l'on voit que la révolution sera globale, par définition comme toute révolution, ou ne sera pas...


La transition est toute faite avec... les couches lavables. En donc ce que nous pouvons, vous pouvez faire concrètement dans la région, les semaines à venir pour commencer votre métamorphose :

  • suivre les ateliers couches, maternage, acheter groupés, etc... avec la Mandragore (http://www.lamandragore.net)

     

  • vous inscrire, si ce n'est déjà fait, sur le site du Prétexte (http://lepretexte.fr) pour suivre toute l'actualité culturelle -au sens très large- de Chambé et sa région. Et vous recevrez alors le « Fil conducteur », bulletin de la Transition en Savoie.

     

  • vous marrer en regardant le clip contre la ferme des 1000 vaches (http://www.youtube.com/watch?v=53jimITjYCU), ce qui prouve que militantisme ne rime pas avec ennui, mais avec humour et plein de vie. Une pétition est aussi à signer sur le sujet... vaste... mais pour faire simple : élevage intensif avec subventions publiques au titre d'utilisation d'énergie renouvelable via la méthanisation.

     

  • participer à la lutte, elle aussi malheureusement de saison, contre les abandons d'animaux : http://www.30millionsdamis.fr/la-fondation/nos-campagnes/oui-a-la-fidelite/#.U6kR7Ci7_34. Pourquoi ? Parce que eux, c'est nous et marre de voir les animaleries se gaver de manière irresponsable en vendant des êtres vivants (d'ailleurs, c'est pas mieux sur certains sites d'échanges et de ventes en ligne bien connus). Après, qui gère collectivement ? Les bénévoles, toujours eux, les donateurs et les contribuables aussi car les refuges sont, avec bonheur, un peu soutenus par la collectivité publique.

     

  • prendre 2 secondes pour signer la pétition en faveur de la reconnaissance de l'animal comme être vivant et sensible, histoire de soigner sa cohérence (http://www.30millionsdamis.fr/jagis/signer-la-petition/je-signe/22-pour-un-nouveau-statut-juridique-de-lanimal).

     

  • relaxer en prenant des cours de couture ou de vannerie, le truc on se dit « ça sert à quoi, à rien » ou alors « j'voudrais bien mais j'peux point ». Faut juste essayer et pour cela deux adresses dans l'avant-pays savoyard, si loin et si proche de Chambéry : http://kouahkse.fr, très axé sur la récup' et le recyclage de tissus, à St-Genix sur Guiers et le couple Mercier, aficionados de la matière naturelle qu'est le noisetier

    (04 76 31 17 50, à la Bridoire).

     

  • mater les anciennes chroniques estivales de ce site car elles fourmillent de bons plans toujours d'actualité.

     

  • ne pas oublier de fréquenter ardemment les jardins car la première des métamorphoses est à contempler dans ces lieux magiques de sagesse élémentaire, de quoi s'inspirer et se donner du courage pour sa propre transformation. Alors pourquoi pas une petite visite dans les Bauges, par exemple chez Philippe Durand ou chez d'autres producteurs de plantes (voir http://www.lherbierdelaclappe.com/revue-de-presse)? Et pourquoi pas encourager, participer aux sorties et lire les publications de l'association des jardins du monde (http://www.jdmmontagnes.org)?


Lire... lire... toujours lire ! C'est pas du repos ça ! Certes... mais les longues journées peuvent et doivent servir à cela car quoi sans ça... lire ? Lire, c'est connaître, et comme l'écrivait Victor Hugo, « Dans connaître, il y a naître ». Alors chacun son rythme. Et puis rien ne vous empêche d'écrire, aussi, pour être être lus et partager ce que vous pensez et ce que vous savez. Toutes les énergies seront les bienvenues pour bâtir les fondations d'un monde nouveau, c'est-à-dire durable et dans le respect du vivant.


©Yolaine de LocoBio

24 juin 2014

 
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