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Cogitations et actions
Chronique 62
04-04-2013

Focus sur la littérature jeunesse alternative

 

  

Et oui, on le sait, l'écologie « c'est pas rigolo »... comme si c'était l'écologie qu'il fallait mettre en cause et non pas, justement, les vraies causes... De l'art d'inverser, surtout pour le grand public, les causes et les conséquences. Car si l'humain se comportait bien, l'écologie n'aurait pas (eu) lieu d'être. Bref, la cause, justement, est entendue : l'écologie fait peur, triste conte franchement trop sérieux et pas cosy.

Dans ces conditions, faut-il vraiment « embêter » les jeunes générations avec cette question ? Ne vaudrait-il pas mieux les bercer de douteuses mais bien consuméristes illusions ? Et si jamais on décide de leur en parler, quel serait le bon ton, la bonne manière de les aborder ? Ces questions, les éditions Elka (http://www.elkaeditions.fr) avec à leur tête les auteurs Karine Sabatier-Maccagno et Loïc Hamon les ont non seulement posées mais ont trouvé des solutions convaincantes avec deux collections qui méritent un coup de projecteur.

Dans la première, intitulée « Les carnets de Timéo », nous suivons le garçon du même nom « citoyen du monde en herbe » dans des aventures soit ciblées (le coton et la face cachée de nos vêtements, l'origine pas forcément plus claire ni reluisante de nos aliments, etc...), soit initiatiques dans les grandes largeurs du développement durable à l'échelle planétaire. Traitant aussi bien du commerce équitable, de l'accès à l'éducation, des espèces menacées que du réchauffement climatique, ce tour du monde sous forme d'album très richement illustré (dessins + photos tout au long d'environ 80 pages), « Les pieds sur terre (ou) les aventures de Timéo dans un monde qui marche sur la tête » s'inscrit ainsi dans une démarche large de compréhension-action. Déjà diffusé à plus de 10 000 exemplaires, cet ouvrage fait l'objet d'une nouvelle édition où nous suivons en effet notre héros dans sa quête de compréhension d'un monde décidément bien complexe... puisque la mondialisation est précisément passée par là avec son lot d'intermédiaires et d'opacité.


De la Bretagne aux Philippines en passant par Madagascar, l'Antarctique et le Togo, nous parcourons des kilomètres entre vif effarement et consternation active. Chaque étape du périple se concentre sur une problématique (par exemple le mal-développement et ses effets comme la faim, l'inégal accès à l'eau...) et s'achève sur quelques pages d'un carnet de voyage fourmillant d'informations parlantes comme le rappel suivant : pas moins de 211 millions d'enfants travaillent au lieu de s'instruire, ce qui ne manque pas d'entretenir le cercle-vicieux de l'enrôlement facile dans des conflits qui ne les concernent au fond pas ou encore le prix injuste payé pour des vêtements fabriqués dans de drôles de conditions. Un glossaire avec les définitions de termes comme « agriculture biologique », « micro-crédit » ou -plus communément dans le programme de géographie- « seuil de pauvreté » et « déforestation », complète un ouvrage aussi dense que plaisant. Sans oublier une biblio et une webgraphie et un espace final dédié à la mise en avant d'un certain nombre d'acteurs du droit à l'éducation, de la promotion de la citoyenneté ou du développement durable, dont les réseaux Biocoop et Artisans du monde. La toute fin du livre nous dévoile un petit – si petit que je peux le révéler- secret d 'écriture : certains personnages rencontrés par le héros correspondent à des personnes bien réelles dont l'autorité scientifique ne peut que renforcer la crédibilité du propos général. Parmi eux, non moins que le climatologue Jean Jouzel, prix Nobel de la paix en 2007 avec l'ensemble du GIEC (Groupe d'experts Intergouvernemental sur l'Evolution du Climat).


La seconde collection, judicieusement appelée « Itinéraire bis » (« bis » comme autre voie non pas secondaire mais nécessaire) s'évertue avec la même sagacité et je dois le dire le même succès à décrypter des enjeux politiques qui ne cessent de faire la une de l'actualité. Courageux, le choix éditorial de se coltiner en allant au plus simple des sujets délicats de par leur caractère polémique et encore une fois leur complexité ; ce choix-là est à souligner. En effet, à une époque où parler d'écologie semble indécent tant les esprits sont -par un hasard tout logique- accaparés par « la crise » et où le livre ne sait lui-même pas où il va... sortir des bouquins qui prétendent et parviennent à donner des clefs sur des sujets citoyens -plus que strictement éco-citoyens d'ailleurs- comme la pollution aux algues vertes liée à l'élevage porcin intensif, l'accumulation des déchets, la pression exercée sur la ressource eau ou les relations inéquitables entre agriculteurs et grande distribution... sortir de tels bouquins est d'un certain point de vue une pure folie.


Longuement préfacé par l'animateur de radio Philippe Bertrand (« Carnets de campagne » sur France Inter http://www.franceinter.fr/emission-carnets-de-campagne, c'est lui : ne cessez pas de l'écouter!), le n°1 de cette collection comprend donc quatre enquêtes qui, de repères chiffrés en schémas, photos, lexique, interviews, dessins humoristiques permettent de se faire un avis et surtout d'agir. Cela forme un ensemble encore une fois assez remarquable, la couverture souple permettant une lecture elle aussi souple.


J'en viens ici au livre-objet car les deux auteurs-éditeurs ont a cœur mettre en phase le contenu et le contenant. Ce souci de cohérence est rare et je suis bien placée -en tant qu'auteur ayant été confrontée à des choix d'impression, voir http://www.elena-varecy.com/Le_roman.html)- pour mesurer la difficulté de tenir ce genre de pari. Car éditer en France, pays aux charges sociales bien trop lourdes on le sait, des livres éco-conçus au surplus, cela implique de trouver les bons et trop rares professionnels et de rester concurrentiels quant aux prix pratiqués. Or il se trouve que ce pari, non plus seulement sur le fond mais aussi sur la forme, les éditions Elka le relèvent chaque jour depuis maintenant presque 10 ans. Je ne saurais donc que trop vous conseiller de visiter leur site où des DVD sont également en vente, peut-être moins éco-conçus, mais bon... il y a pire, il y a bien pire...


« La terre est un organisme vivant, qui nous nourrit. Elle digère, respire, s'abreuve naturellement, mais, avec l'agriculture industrielle, nous l'avons appauvrie et tuée. Aujourd'hui, elle est réduite à un sol gavé de produits chimiques et de poisons violents que l'être humain finit par ingurgiter. Tout ce que nous faisons à la terre, nous nous l'infligeons à nous-mêmes », a écrit l'agro-philosophe Pierre Rabhi. Quelle chance ont les enfants d'aujourd'hui d'avoir, grâce à ces acteurs engagés du mondé éditorial, accès à une parole sage ! D'ailleurs, vous l'aurez compris, je ne vois pas en quoi leurs publications seraient le seul apanage des plus jeunes. Lorsqu'il s'agit de rendre accessible au plus grand nombre une parole qui vaut la peine, alors les frontières en littérature éclatent pour laisser place à la large diffusion des lumières de la Raison. Oups... mais c'est que j'aurais presque des accents 18èmesques ! Logique, en des temps aussi obscurs un gros dépoussiérage s'impose.


Pour finir, j'aimerais aussi signaler l'existence d'une petite maison d'édition qui propose de jolis petits opus, officiellement pour les « petits » mais je maintiens que cela ferait du bien aux plus « grands ». Bon, la démarche éco-citoyenne est nettement moins patente, notamment dans le process d'éco-conception, mais bon... là encore il y a pire, il y a bien pire ; tout l'enjeu est d'arbitrer et de mettre en avant le moins pire pour que les normes soient tirées vers le haut. Sans être dupe et en disant ce qui est. Donc la démarche est moins exigeante mais elle n'appelle peut-être qu'à changer pour s'améliorer. Cette démarche, c'est celle des éditions A dos d'âne (http://www.adosdane.com/Site/Accueil.html) qui en sont déjà à presque vingt titres sortis dans la collection « Des graines et des guides ». Adressée aux « 7-12 ans et +... », elle propose des livrets illustrés d'une quarantaine de pages « pour aborder le meilleur de l'histoire contemporaine ». Mince, encore du sérieux ! Et bien non, enfin oui, et alors ? Si c'est bien fait ? Faudrait donc absolument toujours resté rivé devant sa télé ?


Le principe est donc celui de biographies de personnes célèbres dans différents domaines (de George Gershwin à Lewis Carroll en repassant avec bonheur par Georges Brassens et le duo Chaplin-Tati) suivies de jeux et de dates importantes concernant leur vie. J'ai eu le plaisir de lire celle de l'écrivaine Marguerite Yourcenar « l'académicienne aux semelles de vent » (par ailleurs végétarienne notoire afin de « ne plus digérer l'agonie ») mais aussi celle sur le pédiatre et psychanalyste D.W.Winnicott, l'un des premiers médecins à avoir considéré le bébé comme une personne et à avoir inventé pour lui le fameux « doudou » transitionnel. Catherine Kousmine -celle du régime largement connu-, encore une pédiatre mais cette fois-ci branchée diététique, fait quant à elle l'objet d'un récit court et assez plaisant où les dessins, toutefois, ne sont pas toujours ni explicites ni très jolis. Cela n'entache en rien l'intérêt de ces petits livrets à 7 euros qui peuvent aussi être acquis sous la forme de packs thématiques comme celui sur l'Afrique comprenant les numéros sur Miriam Makeba, Karen Blixen et Théodore Monod.


Voilà les amis.

Le printemps est arrivé : tous au jardin et à vos livres !

Le jour viendra bien où nous lirons en paix et ce jour-là, il faut bien le préparer.




©Yolaine de LocoBio

4 avril 2013



 
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