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Chronique 29
26-04-2010
Si le « locobiotisme » existait, ce serait un humanisme

 
« Locobiotisme » : c’est moche et ça tombe bien. Peut-être une chance pour cette pensée en action, donc en mouvement, de ne pas se retrouver vitrifiée (en plus avec un produit pas « éco ») de son vivant. Une opportunité certaine pour ne pas mal finir, c’est-à-dire comme toutes les idéologies et mots en –isme – du communisme au populisme en passant par le socialisme et maintenant le « sarkosisme », ultra-moderne version du libéralisme-. Pour n’en citer que quelques uns, de ces –ismes, et sans jamais oublier le rôle meurtrier des idéologies au cours de l’Histoire. Attention ! Ne pas me faire dire ce que je n’ai pas écrit : à mes yeux, ces idéologies ne se valent pas toutes et je ne jette pas le bébé avec l’eau du bain, comme disait avec une poésie sans doute à revoir l’un de mes vieux maîtres de science politique. Ce que j’épingle juste, c’est un point malheureux qu’elles ont en commun : la fermeture sous forme de système de pensée qui, à un moment donné, prime sur la réalité et cherche à s’imposer coûte que coûte. 

 

Preuve qu’elles ne se valent pas toutes, ces idéologies, j’en ai une spécialement en ligne de mire ces temps-ci. C’est le nationalisme et l’argument que l’on entend de temps à autres selon lequel consommer local serait une retour du protectionnisme. Donc une régression, cela va naturellement ( ?!) de soi car, comme chacun sait, le Progrès est incarné par le libéralisme et le Méga-Progrès par la mondialisation et la suppression maximale des obstacles au commerce du type barrières douanières. Comme chacun le sait aussi, Méga-Giga-Progrès rime résolument avec OMC. Ironie et lucidité à part, il devient urgent de clarifier un point : non, consommer local ne signifie pas automatiquement consommer national. Dès lors, la question posée en janvier dernier par le par ailleurs fort bon magazine Terra Eco, « Faut-il acheter français ? » est une mauvaise question. Peut-être était-elle volontairement provocatrice afin d’attirer les lecteurs et de susciter le débat… lequel n’a pas manqué d’avoir lieu lorsque le rédacteur en chef est passé sur France Inter dans le cadre de la non moins fort bonne émission Service Public. L’animatrice, Isabelle Giordano, ainsi que des auditeurs, relevèrent le côté « franchouillard » de la question et son côté hors-sujet par rapport aux vrais enjeux de la consommation locale.

 

Car quels sont-ils ces enjeux ? Certainement pas de préférer du made in France pour le made in France. Encore une fois, un alsacien doit-il absolument préférer de la charcuterie bio produite dans le sud-ouest à des saucisses bio fabriquées juste de l’autre côté de la frontière rhénane ? Le bon sens penche pour la seconde option, ne serait-ce que pour diminuer les flux de transport, donc le bruit, la pollution, le danger sur les routes, etc… Des critères peuvent nous amener, certes, à préférer des produits issus d’un pays plutôt qu’un autre : la législation du travail, donc la dignité des personnes, et aussi certains labels mis en place pour garder un niveau de qualité des produits bio supérieurs au cahier des charges européen (voir « Bioconvergence » en France, sorti ce mois-ci). Mais les pays frontaliers de la France sont assez comparables, donc si nous avons besoin en Savoie, de farine bio d’origine italienne pour fabriquer des pâtes, eh bien achetons cette farine bio. Tout en stimulant évidemment la production locale de farine bio afin de progressivement relocaliser tout ce qui est nécessaire à la production de pâtes.

 

En résumé, le « locobiotisme » n’existe pas et n’est pas près d’exister. S’il devait exister, ce serait un humanisme, c’est-à-dire une pensée centrée sur la part encore humaine qu’il y a en nous. Le bon sens est sa valeur principale car, oui, produire et consommer bio/éco est meilleur que produire et consommer conventionnel. Et oui, produire et consommer local est meilleur que produire et consommer du bio parfois irresponsable. C’est-à-dire venant de loin et issus de terres enlevées à des populations condamnées à importer cher nos poulets aux hormones. Le « locobiotisme » ne peut pas exister car on voit mal une idéologie se réduire à la question : qu’est-ce qui vaut mieux ? Or la pensée LocoBio, c’est cela, en revanche. Chaque jour se demander ce qui vaut mieux, en particulier dans ses actes d’achat. Exigeant, emmerdant, difficile. En un mot : complexe. Ah, ben la voilà la raison de fond pour laquelle cette pensée ne peut pas être idéologie : c’est qu’elle se coltine la complexité. Manquait plus que ça. Et oui. Parce que le défi est bien là.

 

Veuillez tout de même, juste cette fois-ci et parce que l’adjectif est rigolo, recevoir mes salutations locobiotesques.

 

 

© Yolaine de LocoBio 

Avril 2010 

 
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