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Cogitations et actions
Chronique 24
28-11-2009
Qui est le plus à l’ouest ? Nous ou les Papous ?

 
Le Grand Bivouac, Albertville, octobre 2009.Vu dans une salle comble et fort enjouée L’exploration inversée, un film qui raconte la découverte de notre cher pays par deux Papous de la tribu des Hulis, située en Papouasie-Nouvelle-Guinée. Evidemment, on pense tout de suite aux Lettres Persanes de Montesquieu. Mais le parallèle s’arrête vite là car la charge contre la société d’accueil, grâce à un esprit d’étonnement, était plus vive au 18ème siècle qu’aujourd’hui. Là, nous assistons amusés aux pérégrinations de deux « bons sauvages » aussi amusés que leur guide français, le réalisateur Marc Dozier. C’est vrai, c’est rigolo. Et c’est bien, ça fait du bien. D’abord parce que l’époque n’est pas forcément des plus hilarantes. Alors rire, comme chantait Souchon à un autre propos, « c’est déjà ça, c’est déjà ça… ». C’est bien aussi que ce film soit amusant car il va peut-être réussir à sensibiliser à des travers de notre société de façon légère. Or la légèreté est un impératif, aujourd’hui, pour peut-être arriver à toucher les gens, à leur faire sentir qu’il y a un problème, qu’il faut changer.

Dans la discussion avec un des deux Papous et le réalisateur qui a suivi la projection, même volonté semble-t-il de ne pas donner de leçon, de juste relever par-ci par-là des différences entre les deux cultures. Et des déviances, pour qui veut bien aller au-delà du folklore un brin trop mercantile auquel se livre avec complaisance l’homme venu de l’autre côté de la planète.Car que dit-il ? Il rappelle l’importance des ancêtres, de la transmission, de la nécessité de se conformer. Malheureusement, on n’a retenu que cela en Occident : se conformer. Et on a oublié tout le profit de la transmission. Résultat : elle est quasiment rompue. Et dans un monde atomisé, où l’on ne sait plus par ce que l’on n’a pas assez reçu des anciens, eh bien les marchands ne peuvent que régner sur les nombreux temples de la consommation.

 

Que dit-il d’autre ? Que leur relation à la Nature est étroite car leur préoccupation quotidienne, c’est de manger. Incroyable ! On aurait presque oublié que ce combat existe. C’est bien que les enfants l’entendent. C’est bien aussi que les adultes l’entendent car ce sont eux qui sont (en principe) aux manettes. Nous, notre problème, c’est paraît-il le pouvoir d’achat ; c’est pouvoir remplir notre caddy. OK. C’est pas faux. Assez commode, aussi, pour monter les gens les uns contre les autres, gouverner par la division. Or, à bien y réfléchir, on a ici exactement le même problème qu’en Papouasie : l’opulence des supermarchés n’est que factice. Gaver notre monde, nourrir des villes en expansion, ne peut que se faire en pillant, en ne respectant ni la Nature, ni les agriculteurs. Le « développement » et la « Modernité » nous ont déconnecté du vivant. Alors on a délégué des fonctions vitales, comme cultiver son jardin et bien s’alimenter. On ne veut surtout rien savoir : dans quelles conditions suspectes poussent les plantes, comment sont élevés et abattus les animaux, comment survivent (ou pas) ceux qui nous nourrissent, comment disparaissent des terres précieuses. On ne veut rien savoir de ce monde de maltraitance et d’irresponsabilité. On ne veut rien savoir, paradoxalement à une époque où l’on peut tant savoir. Marie-Monique Robin en a apporté la preuve en réalisant son documentaire sur Monsanto presque exclusivement à partir d’informations présentes sur le Net.

 

On ne veut pas savoir alors que l’on pourrait savoir. Si c’est ainsi, c’est que l’on n’a même plus l’idée de chercher à savoir, de savoir tout court. A quoi bon ? Franchement, à quoi bon ? La boucle est bouclée ; celle de la ceinture prête à exploser car trop de chips bouffées devant la télé. Je sais, c’est un peu cliché, voire désespéré. En fait, pas du tout. C’est juste que quand t’as vu un Papou à Albertville, qu’après tu te balades en ville –surtout à l’approche de Noël-, tu te poses quelques questions. « Ça » t’interpelle. « Ça », c’est le lien entre la Nature et nous, entre le vital et nous, entre le nourricier et nous. D’ailleurs, j’aimerais bien savoir ce qu’il a pensé de la cantine bio, le papou star du Grand Bivouac 2009.

 

 

© Yolaine de LocoBio,

Novembre 2009


 
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