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Cogitations et actions
Bilan à 2 ans, fin (temporaire) :
03-07-2009
Des lueurs d’espoir, enfin au moins une !

 
            Dans ma dernière chronique, j’avais commencé le bilan de notre action en faveur d’une économie locale et propre dans la région depuis deux ans d’existence. Bilan jusqu’ici un brin sombre et désenchanté que j’assume car il  ne tient nullement à un trait de caractère mais bien à la réalité dominante actuelle, je le répète « sombre et désenchantée ». Pour tout vous dire, je comptais rééquilibrer les choses en vous faisant part de ce qui, par contraste, donnerait une lueur d’espoir : nouvelles associations dans le bassin chambérien, comme Challes Terres Citoyennes (http://challesterrescitoyennes.over-blog.fr), développement incontestable de services dans l‘esprit LocoBio. Voir à ce propos le site d’Alter Appétit (http://alterappetit.com): en association avec plusieurs producteurs locaux, Edouard Mari vous propose de découvrir la richesse et la diversité des produits du terroir du Parc naturel régional du Massif des Bauges et des Pays de Savoie.

 

Je comptais dresser ce petit inventaire lumineux et… ce n’est que partie remise sous une forme ou une autre.

 

Entre temps, j’ai lu Apprendre à faire le vide : Pour en finir avec le « toujours plus » (Editions Milan, 2009). J’ai choisi de vous en parler car c’est lié à mon propos. Ce livre donne en effet du courage et… il en faut ! Co-écrit par le brillant et bouillonnant politologue Paul Ariès, ce petit ouvrage (140 pages, 12,50 euros) donne bien des clefs pour comprendre la société actuelle et ce qu’il ne semble pas abusif d’appeler sa dégénérescence. La citation placée en exergue donne le la et je ne résiste pas au plaisir -car elle est bien écrite- de vous la livrer… à condition que vous en fassiez bon usage, locobioconsomm’acteur oblige : « Nombre d’individus utilisent l’argent qu’ils n’ont pas, pour l’achat de biens dont ils n’ont pas besoin, pour impressionner des gens qu’ils n’aiment pas » (Walter Slezak).

 

Nous en sommes donc là, au terme d’une évolution historique très récente, donc très courte, et pourtant déterminante. Les auteurs rappellent ainsi utilement, pour ceux qui n’ont rien connu d’autre, que la société de consommation a été théorisée aux USA dans les années 20. Elle ne s’est développée en France qu’après la IIème Guerre Mondiale, soit quand mes propres parents sont nés. Incroyable, quand on y songe juste 10 secondes. S’en est suivi le tournant des années 80 et le règne de l’hyper-consommation (déjà les paillettes, mais le disco avait tout de même plus d’allure) :consommer toujours plus, plus mal (durée de vie ridicule des objets et qualité tout aussi ridicule des aliments à une époque de « progrès »); frustration paradoxale et pourtant maximale. Et maintenant résister, oui, mais en tant que consommateur, Monsieur, sinon rien.

 

Individualisme, dépendance, régression, casse de tout (rapport au temps, au territoire : tiens, tiens… ; travail, famille, femmes : la vraie patrie…) : le constat est accablant et d’une certaine façon, cela fait du bien de ne pas se retrouver seule à le dresser. Consolation minimale ! La boite noire est patiemment déroulée, dans un style accessible et enlevé. On ne pourra pas dire que l’on ne savait pas. Espérons juste que ça changera quelque chose.

 

Pour être honnête, j’ai quand même été surprise par quelques assertions abusives et rapides, donc me semble-t-il fausses. Ou alors cela tient du genre (c’est un essai) et il faudrait y regarder de plus près. Un exemple, page 34 : « S’y ajoute la disparition des conflits de générations, pourtant très structurants (…) ».Autre défaut : une certaine idéalisation du passé. Voir page 35 :« Pourtant, pendant des siècles, les anciens avaient la belle mission de transmettre la mémoire de la famille, et plus largement celle de l’humanité ». Je dirais qu’ils avaient cette mission et c’était comme ça. Allez demander à certains si la veillée autour de l’âtre ne les enfermait pas dans une mémoire dont ils auraient volontiers voulu ou pu se passer. Allez demander si quitter le village pour l’anonymat de la « grande ville » n’a pas été pour certains vecteursde libération salutaire. Je pense notamment aux identités sexuelles collées d’entrée de jeu, manifestes lors des fêtes avec les costumes, et qui laissent peu de place à toute inclinaison personnelle. Combien de personnes cassées ? Toutefois, cette réhabilitation latente du mythe du bon sauvage, si regrettable soit-elle, n’est pas étonnante au vu de la société anomique et anémique qu’on nous impose. Juste une question de contraste, on va dire.

 

Pour (s’)en sortir, quelques pistes sont évoquées. Trop peu (même pas 25 pages), donc en décalage avec le titre : « Apprendre à faire le vide ». Je m’attendais à un guide plus complet et c’est dommage car si la cible est le néophyte en simplicité volontaire, il ne trouvera pas là beaucoup à l’informer et à le convaincre. Dommage aussi que la gratuité pour les biens essentiels (p.119 et suivantes) ne soit pas précisée dans ses modalités pratiques car il faudra bien, à un moment donné, passer à un message,voire à un programme politique. Parmi les solutions, il y a évidemment consommer moins (pourquoi changer les boules à chaque Noël alors qu’on les atoutes l’année, je te demande un peu ?!...) ; mieux (être attentifs àla qualité des produits) ; ne plus consommer du tout en échangeant plutôt matériel et services. Donc lutter contre toute marchandisation du non-marchand. Voilà la marge de manœuvre individuelle. Mais ce que prône surtout Philippe Ariès, c’est un retour au politique (vous savez, l’agora grecque versus lacolline des dieux), à travers des phrases-slogans comme : « Redevenons usager et citoyen, sans nous laisser réduire à un rôle de consommateur « (p.132). petit coup de griffe aux différents mouvements de consomm’acteurs. D’accord. Mais je pense que pour beaucoup l’entrée en politique se fait aujourd’hui par ces formes de mobilisation qui ont en plus le mérite de mener des actions concrètes. Songeons aux AMAP, à l’installation de paysans ou aux exploitations que l’on évite de fermer grâce aux contrats producteur-consommateurs. C’est peu, certes, mais la réinvention du politique, englobant l’économique et non l’inverse, se joue dans des lieux comme ceux-là. J’en appellerais donc plutôt à une contagion des circuits-courts.

Et c’est pour cette raison que je suis LocoBio.

 

© Yolaine de LocoBio, Juillet 2009

 
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