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Chronique / 3
25-04-2008
Peut-on parler de consommation responsable ?
 
Pour certains consommer autrement c'est se donner bonne conscience ? Pour d'autres, comme moi, une première véritable prise de conscience ! je m'explique ... J'ai récemment lu la présentation d'un bouquin qui m'a interpelée. Il s'intitule La consommation responsable. Entre bonne conscience individuelle et transformations collectives. Il est publié par un collectif d'études sur les pratiques solidaires et… je vais essayer de me le procurer pour approfondir le sujet car il le mérite ...



 

Pourquoi ? Eh bien parce que je pense que la consommation peut être responsable et que d’autres pensent le contraire, arguments pertinents à l’appui extraits de cette présentation : « Et si la consommation responsable n’était qu’un leurre, un nouvel artifice publicitaire qui capitalise sur la conscience sociale des consommateurs sans modifier les fondements des inégalités sociales ? La consommation sociale deviendrait alors un outil pour freiner les critiques envers l’économie néolibérale en amoindrissant ses effets pervers. Devant l’impressionnante capacité de récupération du système capitaliste, le moteur de transformation sociale que représente la consommation responsable pourrait être compromis. Par conséquent, que peut-on faire pour aller plus loin que le vote économique ? ».

Il s’agit-là d’une question de fond qui oppose d’un côté les partisans de la décroissance, ceux de la simplicité volontaire et d’un autre côté ceux qui croient en une réforme possible du système économique actuel. Je me situe dans le second lot, au risque d’être associée à tort au mouvement factice du « green painting » (tout repeindre en vert sans rien changer, comme par exemple verdir une pub de 4*4). Evidemment, la consommation actuelle est un pilier du système capitaliste, prédateur de ressources naturelles et je m’en-foutiste vis-à-vis des travailleurs. C’est un fait et, dans cette perspective, la consommation est forcément irresponsable. Toutefois, l’homme n’a pas attendu la naissance somme toute assez récente à l’échelle de l’Histoire, pour consommer. L’économie –au sens d’art de gérer, d’échanger pour survivre- est un fait naturellement humain. A nous justement de réhumaniser une économie détournée de ses objectifs, c’est-à-dire servir l’Homme inscrit dans la Nature. En d’autres termes, ce n‘est pas parce que l’économie capitaliste est un (grave) accident de l’Histoire qu’il faut nier le phénomène économique. C’est irréaliste.

C’est irréaliste et c’est surtout contre-productif (pardon pour la métaphore économique, décidément…) dans le contexte actuel. Je m’explique. Si on espère faire évoluer les mentalités vers moins de consommation, voire plus de consommation du tout (je répète mon scepticisme face à cette dernière perspective), tout discours radical est à mon sens voué à l’échec. Je dirais même tout discours de nature politique car les citoyens sont devenus avant tout… des consommateurs. Face à la colonisation des esprits, seule une démarche pragmatique, progressive et apolitique a des chances de toucher les « usagers » et, peut-être de les amener à évoluer. Car toutes les études montrent que si la sensibilité à la problématique environnementale augmente, l’écart reste grand avec des gestes concrets. C’est encore plus vrai concernant les entreprises. Je pense donc qu’il convient de défendre la ligne « Consommer mieux » car c’est un premier pas qui incite déjà à consommer moins. Un exemple : acheter en vrac plutôt que des produits en emballage individuel (adieu les briques de jus de fruits et autres barres de céréales…).
C’est vrai qu’il y a urgence, mais il faut faire avec l’existant et… il n’est pas brillant. Un point très positif est justement cette sensibilité croissante des consommateurs en assez peu de temps. Il faut continuer cet effort de sensibilisation et, surtout, lever tous les verrous qui empêchent de consommer responsable. Ainsi, comment rapidement répondre à ceux qui disent par exemple que le « bio » est trop cher ? Qu’ils n’ont pas le temps d’aller chercher leur panier à la ferme ? Que de toutes façons il n’y a pas de ferme près de chez eux parce que tel jeune producteur ne trouve pas de terre pour s’installer ? Que le jeune producteur en question a bien du courage de se lancer dans un métier si dévalorisé socialement, que le statut qui l’attend n’est pas des plus sécurisant, etc… ? Les réponses existent. Certaines sont connues, comme « Manger bio, c’est manger autrement ». D’autres sont plus complexes, demandent de la réflexion et de la coordination pour aboutir (structurer une véritable offre locale biologique par exemple). Mais avons-nous vraiment le choix ? Là s’arrête notre « liberté » de consommateurs et là commence notre responsabilité de citoyens, enfin d’humains tout court.


© YdLB, locobio.org - 24 avril 2008

 
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