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Chronique 88
02-08-2017

L’irremplaçable utilité des utopies

 

  

Le hasard a cette vertu essentielle de nous faire tomber, dans une pile reléguée aux toilettes chez des amis, sur un article qui nous avait échappé. En l’occurrence, il s’agit de la critique d’un bouquin que je n’ai pas lu, intitulé Voisinages et communs, par un certain « P.M. », activiste suisse vivant dans une coopérative d’habitation à Zurich et préférant garder l’anonymat… Non, ceci n’est ni une blague ni un roman. Ceci est un livre qui existe vraiment. Il est sorti voici plus d’un an et propose des solutions paraît-il concrètes pour changer/verdir le monde. Le mérite du compte-rendu du Nouvel-Obs sur lequel je suis tombée est, mine de rien, en une toute petite page, de poser de grandes et fondamentales questions.

Je passe assez vite sur le contenu même des solutions avancées car, contrairement à l’auteur, je ne les ai pas éprouvées moi-même. Je relève toutefois d’emblée un élément qui me laisse sceptique et renvoie à l’un des nerfs de la guerre : les terres nourricières. Car le modèle proposé repose sur un approvisionnement grâce à des « terres agricoles situées à moins de 100 km », sur la base de 80 Ha pour nourrir l’échelon de base, à savoir le « voisinage » constitué de 500 habitants. Bon… que dire ? On aimerait bien raisonner ainsi, mais comment faire quand les terres dont on a tant besoin diminuent comme peau de chagrin ? C’est là que la politique revient. Et c’est là que se posent, qu’on le veuille ou non, les grandes et fondamentales questions.

 

Car on ne peut esquiver la dimension proprement politique de tels enjeux et de tels choix. On aura beau tourner autour du pot, chercher à évincer la politique, elle n’en reviendra –et c’est fort heureux- que davantage au galop. Car l’article soulève une fois de plus un problème non résolu sur lequel butte tout programme « écolo », à savoir le danger supposé des utopies. Je cite : « Toutes ces idées alternatives qui circulent aujourd’hui, c’est bien beau, mais comment fait-on concrètement ? Le 20ème siècle nous a appris à nous méfier des utopies. De même qu’une conversion forcée au communisme finit forcément dans le sang, il est à craindre qu’un monde repeint en vert ne tourne à la dictature écolo ». Et voilà. Dans la série « on n’en finira jamais de payer une facture qui n’est pas la nôtre et qui paralyse indûment l’action », revoici l’épouventail du totalitarisme vert. Comme si le marché qui a imposé ses lois et formaté les esprits ne relevait pas également d’une forme de radicalisme aussi silencieux et invisible, autant dire insidieux.

 

Allons, allons… à d’autres ! il est certain que le passé et les dérives extrêmes doivent rester présents à nos esprits. Mais de là à ce que la peur, comme par hasard encore elle, inhibe tout mouvement vers un monde meilleur, là je crois qu’il ne faut pas exagérer. Car la peur, on le sait aussi, n’est pas bonne conseillère et persiste d’autant plus qu’elle est, toujours comme par hasard, bien entretenue, au mieux par les inconscients, au pire par ceux qui ont intérêt à un immobilisme destructeur et coupable. Il faut donc le dire haut et fort : nous sommes en 2017 et nous n’avons que faire des fantômes du passé manipulés par des irresponsables !

 

…. Et bien sûr qu’on en a besoin, cruellement besoin, d’utopie ! Pour une simple et bonne raison : l’homme a toujours marché et ne marchera toujours qu’à coup d’utopies. Pourquoi ? Parce qu’elles proposent, elles, une vision globale et positive. Or envisager les choses dans leur ensemble, pas sous la forme d’un bric-à-brac de solutions partielles, et ouvrir un réel avenir, de l’oxygène, du vrai, la voici l’urgente nécessité.

 

Alors assez de ce mépris envers les utopies ! Au contraire, il nous faut plus que jamais penser global –et pas seulement agir local- pour espérer faire contrepoids à une mondialisation que le marché n’a que trop formatée, pour ne pas dire confisquée. Il faut refuser d’être modestes, réduits à une échelle de réflexion et d’action « raisonnables », en réalité hors la vie et donc hors sujet.  Non, l’utopie ne relève pas du folklore. Elle n’a le charme d’aucun luxe suranné. A moins de renoncer définitivement à notre part d’humanité. Et ça, pas question.

 

 

 

©Yolaine de LocoBio

Juillet 2017                                                                      

 

 

 

 
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