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Cogitations et actions
Chronique 86
29-04-2017

Non, l’avenir n’est pas dans les pleurotes

 

  

… et tant qu’on n’est pas tout à fait dans les choux, autant le crier haut et fort (propos d’entre deux tours des présidentielles).

 

On va encore dire : mais qu’est-ce que c’est que cette histoire ? Maintenant elle nous parle de pleurotes ! On est où, mais on est où ? Pas de panique, la situation est comme d’usage sous contrôle. Car nous sommes dans le sujet, en plein dans le sujet, l’inépuisable sujet qui anime LocoBio depuis… depuis… mais depuis 10 ans ! Bon anniversaire LocoBio ! 10 ans déjà. Et dire que beaucoup a bougé. Et dire qu’au fond non, je suis désolée, si peu a bougé.

On va encore dire : sûr que c’est pas avec des pessimistes de cette espèce que ça va bouger. Ce à quoi je réponds… enfin non, je ne réponds plus. Car la notion de pessimisme est toute relative. Et moi, ce qui m’intéresse, c’est l’absolu de la réalité. Car oui, la réalité existe. Les faits existent. Et s’il est un combat plus que jamais d’actualité, c’est d’abord et avant tout le rapport sain, sans filtre ni tabou, au réel. Les faits, les mots, la mise en relation des deux pour conceptualiser notre situation et la changer, là est la vraie guerre de civilisation qui devrait nous occuper. Et dans ce domaine, n’est pas radical qui paraît le plus l’être. En clair, le système néo-libéral qui mène la danse sous des dehors plus ou moins socio-démocrates n’est pas forcément un modèle dans la juste appréhension du réel. Et pour cause : il y a antinomie frontale entre ce que lui agit, avec sa violence objective –en « particulier » sur les milieux et les hommes-, ce qu’il prétend être et ce dont les gens ont globalement besoin pour accepter tout ça. Concrètement, pour poursuivre son développement à lui, ce système doit nous enfumer nous.

 

Et c’est là que je reviens aux pleurotes, aimables champignons certes un peu élastiques de leur état. La question est : l’avenir est-il dans les pleurotes ? La réponse, on la connaît, elle est dans le titre. Donc c’est non. Pourquoi non ? Parce que la voici la situation : il y a quelques semaines, je tombe sur un article de Télérama (se refait-on ? Non plus : on ne se refait pas. D’un autre côté, il y a pire comme lecture). Je passe sur le titre car cela m’arrive aussi de douter de la qualité des miens : « Cinquante nuances d’engrais ». Où il est question d’une entreprise qui récupère le marc du café dans les distributeurs de boissons et chez les restaurateurs. Lequel marc, mêlé à du carton j’imagine lui aussi recyclé (mais lit-on aussi l’avenir dans le fond des cartons, ? Là est aussi la question), à de la paille et à des copeaux de bois sert de substrat aux pleurotes. Lesquels portent quand même bien leur nom car est-ce une vie, oui est-ce une vie, de grandir ainsi à la verticale, dans des sacs de jute suspendus comme au Pays Basque des armées de jambon ? Moi je dis, c’est pas une vie. Alors on dit mais si, que même les chefs étoilés de la capitale en raffolent et en achètent des tonnes. Et même que nous, comme on dit « les particuliers » en économie, on peut en acheter en kits de culture. Et même que déjà, ça se vend super bien. Et même que c’est super de chez super parce qu’une fois cueillis, le substrat de feus nos pleurotes part chez des maraîchers qui l’utilisent pour fertiliser de nouvelles plantations. Et l’article de conclure formidablement sur « un cycle d’agriculture urbaine circulaire (…) bouclé, sans l’ombre d’un déchet ! ».

 

 

Dur dur de se mettre à la page de la dite agriculture urbaine. En plus circulaire. Tu m’étonnes que ça soit facile d’en mettre plein la vue à des urbains sur-urbanisés qui n’y comprennent pas grand chose. Où on en revient à l’enfumage 1ère catégorie. Qu’on soit bien d’accord : je n’ai fondamentalement rien contre ce genre de propos et encore moins contre le marc de pleurotes. Je trouve même que ce sont de bonnes initiatives, et de le faire et de relayer l’information. Non, ce qui me gêne profondément car c’est profondément, en soi, gênant, c’est de croire que la solution va passer par là. En cultivant des pleurotes, à la limite chacun dans son coin ou même dans des espaces partagés. Bientôt, si cela n’existe pas déjà, on va trouver des cultures de pleurotes dans les espaces de co-working et, entre deux discussions avec son casque sur la tête à l’autre bout de la planète, on s’en coupera un petit pour le déjeuner.

 

Sincèrement, il faut arrêter. Car non, la question de l’alimentation de villes toujours de plus en plus habitées ne passera pas par le malheureux pleurote. Le pauvre, ce n’est pas de sa faute, mais il n’est pas et ne pourra pas être à la hauteur. D’abord parce que tout le monde ne l’aime pas et, jusqu’à preuve du contraire, a quand même le droit. Ensuite, parce qu’on ne va pas en manger tous les jours, des pleurotes. Rien que d’y penser, ras le bol des pleurotes, alors qu’à la base, moi j’aime bien ça, surtout en omelette avec de petits oignons et du persil. Enfin, sérieusement, on va manger quoi d’autre ? Ça va nourrir son homme comment toutes ces villes qui s’étendent à vue perdue et qui, maintenant, croient avoir trouvé la solution dans le saint marc de la « densification » ? Car il faut arrêter de mentir : non, même verticalisées, les fermes ne pourront pas nourrir la planète qui nous attend, c’est-à-dire avec plusieurs milliards d’habitants, en plus à très court terme. Non, ce qui nous attend, ce sont des succédanés d’alimentation, genre petites pilules en intraveineuses greffées. Ou alors de la nourriture issue d’élevages ultra-intensifs dont on n’ose même pas imaginer les conditions. Et quand bien même on fermerait les yeux sur tout ça, pourrait-on oublier que la terre, elle, est horizontale ? Doit-on l’oublier ? Car la question de fond, elle est là. Dans notre rapport au sol. Et franchement, en 10 ans, le cas s’est aggravé car on décolle, on a de plus en plus la folie des grandeurs. Tout le monde, des aménageurs aux politiques en passant par les entreprises même « alternatives » et les dits particuliers, oui tout le monde se berce à peu près d’illusions. On n’a de cesse –enfin certains n’ont de cesse et parviennent étrangement à imposer leur tempo- que de développer massivement les villes. Au prix, très clair, immédiat, concret, de la terre. Je veux dire la terre en soi, comme territoire d’autres espèces aussi, comme lieu de cultures pour s’alimenter correctement comme l’Humanité le fait depuis… depuis… depuis plus de dix ans je vous l’assure. Mais aussi la terre comme surface de contact avec le réel, d’humilité au sens premier.

 

Ah on veut jouer les Prométhée avec ses tours et ses éco-quartiers ! Moi, je dis que c’est pure folie, que non, l’avenir n’est et ne sera jamais dans les pleurotes, ni en kit ni en métaphore. Moi, ce que je dis, c’est que rien ne remplacera la terre. A moins de nous décérébrer. Et là, effectivement, vu sous ce jour, c’est un vaste marché.

 

Pour finir, on va dire : admettons qu’elle ait raison. Admettons qu’on se lève, qu’on ait encore la force de se lever, et qu’on se demande quoi faire. C’est si massif . Comment résister ? D’abord la prise de conscience, ne pas la quitter. Ensuite sensibiliser, sensibiliser, sensibiliser ; il n’y a que ça de vrai. Et c’est sans doute l’une des taches les plus difficiles, mon humble expérience après 10 ans de citoyenneté active avec LocoBio peut en témoigner. Les gens n’ont pas le temps. Les gens, tout ça au fond ne les intéresse pas. Car on n’a pas tant besoin que ça du changement. Et en plus, vous pensez, vous êtes fous, vous mesurez bien ce que cela signifierait ? Et notre confort personnel ? Et nos projets ? Et ma maison individuelle ? Et ma voiture ? Enfin et nos voitures ? Et nos vacances, merde, nos vacances, on va quand même pas aller cultiver des pleurotes en Corrèze !

 

C’est comme vous voulez. Simplement, faudrait pas croire qu’on a le choix. Comme si ça m’amusait, moi. Comme si j’avais pas à terminer cette chronique pour aller me prendre un bon petit-déjeuner car j’en ai la tête qui tourne de tous ces mots, de toute cette absolue réalité ?

 

Non, on n’a plus le choix. Personne n’a le choix. Personne n’est à l’abri. Ceux qui disent le contraire mentent au mépris de leur propre et viscérale humanité. Ceux qui ne disent mot consentent, forcément. Alors lisez, échangez, soyez vigilants sur les aménagements autour de vous. Commencer par exiger tant de jardins partagés par quartier qui sort de terre comme un champignon, à coup de milliers de logements, c’est pas mal. Interpeler les dits décideurs sur un approvisionnement alimentaire de qualité, c’est-à-dire le plus local et le plus biologique possible, des quartiers à venir, c’est pas mal aussi. Exiger une vision globale, au service du vivant et pas que de l’humain dans son « environnement », telle devrait être la mission de chacun.

 

Car nous sommes tous concernés. Pas vrai ?

 

 

©Yolaine de LocoBio

Avril 2017

 

 
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