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Cogitations et actions
Chronique 71
24-04-2014

A propos de la « green fatigue ».

Mais de quoi est-on réellement fatigués ?

 

  

Fatigue... fatigue... mais d'abord de quoi parle-t-on ? Allez, un petit tour du côté des définitions, histoire de fixer le cadre. Alors, selon le Larousse, la fatigue est :

 

- L'état physiologique consécutif à un effort prolongé, à un travail physique ou intellectuel intense et se traduisant par une difficulté à continuer cet effort ou ce travail.

Ce qui cause cet état de lassitude (surtout pluriel) : Supporter les fatigues du voyage.

- L'endommagement d'un matériau provoqué par la répétition de sollicitations mécaniques et pouvant entraîner sa rupture sous des contraintes inférieures à celles résultant d'actions statiques.

- En agriculture :
Baisse de fertilité d'un sol ou mauvais rendement des récoltes, dont l'origine est mal expliquée.

 

« Effort prolongé », « travail intense » au point d'avoir des « difficultés à continuer », « lassitude », « endommagement par répétition de sollicitations mécaniques au risque d'atteindre un point de rupture », « baisse de fertilité », « de rendements ».... toute ressemblance avec ce qu'à peu près tout le monde éprouve actuellement dans notre pauvre et cher pays est absolument logique. Rien de fortuit. Le souci, l'erreur, la malhonnêteté, le danger fatal, c'est d'en rendre quasi responsable l'écologie (au sens large de défense non partisane du vivant). C'est là que le bas blesse vraiment, que l'on tombe sur la fameuse « green fatigue » qui a depuis quelques temps le vent en poupe... et que l'on est légitimement en droit de se demander à qui profite ce trouble, ce relâchement ; et pourquoi pas qui l'orchestrerait pour défendre de coupables intérêts.


De quoi parle-t-on exactement ? Green fatigue = lassitude du vert, de tout ce qui est vert, de tout ce qui transpire le vert, de tout ce qui pue (visiblement) le vert. L'heure est à la schizophrénie généralisée, institutionnalisée, donc pourquoi pas en effet en arriver à se nier ? Car nier, rejeter le « vert », n'est rien d'autre que se rejeter, s'anéantir soi en tant que personne et en tant que collectivité. Cela s'appelle arriver au bout d'un processus d'autodestruction unique, inouï, impensable. Cela s'appelle se tromper de cible et oublier que la vraie fatigue provient des vrais sujets mal traités au point de générer du mortifère dans nos vies. Cela s'appelle être manipulés, aliénés, sous la vague et les chocs successifs sans être capable (on peut le comprendre) d'être lucide et de relever la tête.


Cela s'appelle quoi ? Faire comme si le système actuel et politique allait bien alors que le problème de fond réside ici ? Comment supporter plus longtemps que les mêmes s'en sortent toujours grâce aux plus démunis ? Ainsi, il ne faut pas s'y tromper, le secteur bancaire a bénéficié d'au moins 200 milliards d'euros par an de subventions publiques (voir article du Monde « Les banques européennes et le jackpot des garanties d'Etat », 28 janvier 2014). Or ces subventions, l'Etat, c'est qui ? C'est nous, pardi ! Comment faire comme si cela était normal qu'un jeune français sur cinq de moins de 25 ans ne trouve pas d'emploi trois ans après sa sortie du système scolaire ? Comment s'habituer à ce qu'un SDF sur 4 soit pourtant en possession d'un emploi régulier ou à temps partiel ? (cf. http://democratie-reelle-nimes.over-blog.com/article-un-quart-des-sdf-ont-un-travail-123269810.html). Faut-il encore de nombreux indicateurs réputés sérieux, officiels, pour se rendre compte que la situation est grave, que le système dans lequel nous sommes de force maintenus est inefficient, pire contre-productif ? Que faut-il donc pour voir en face la souffrance ? C'est à se demander ce qui peut toucher les décideurs. Cela, oui, c'est désespérant. La fatigue vient de cette attitude de plus en plus dénuée de fondement, les consultations électorales rassurant seulement qui veut être rassuré.


Incompétence, démission. Bien sûr que tout va à vaut-l'eau car tout le monde ressent à raison de l'abandon de la part de ceux en charge de et mandatés pour. Un autre exemple ? L'épisode pathétique du pic de pollution à Paris le mois dernier : dès qu'il a un peu plu, que le vent a un peu soufflé, on a cru respirer et on a permis à nouveau à tout un chacun de prendre son auto. Et finis la rigolade et les transports collectifs gratuits, faut pas exagérer, y'a des économies sérieuses à faire. Or on sait désormais très bien, c'est documenté scientifiquement, que la bagnole -en particulier le diesel- est cancérigène, mais on continue ici à ménager les constructeurs automobiles, là à dorloter son électorat. On évacue au passage une autre vérité désormais connue : le coût financier de toute cette macabre mascarade, car figurez-vous que les malades au long terme, cela coûte à la société Madame. Un article récent est à ce titre éclairant : http://www.lemonde.fr/planete/article/2014/04/11/la-pollution-de-l-air-interieur-couterait-au-moins-20-milliards-d-euros-par-an-en-france_4399429_3244.html. Voilà. Donc on sait tout, depuis longtemps et l'on ne fait rien. Pire : on empêche ce qui voudraient agir de le faire. Criminel. Peut-être pas (encore) au regard du droit, mais moralement si. Au passage, ce n'est pas mieux dans nos régions et on s'en est tapé un sacré de pic de pollution, avec son cortège d'affections respiratoires... non comptées dans quel bilan fondé, au juste ?


Au final, la « green fatigue » est donc une vaste tartufferie. On n'a absolument pas le droit de faire comme si on ne savait pas que ça ne va pas et que le problème provient d'une surcharge de soucis à cause de l'écologie. C'est le comble... et c'est clairement l'inverse. Certes, comme cela est relevé avec justesse dans le dossier consacré à ce sujet dans Psychologies Magazine d'avril (http://www.psychologies.com/Planete/Semaine-du-developpement-durable/Articles-et-Dossiers/Surmonter-la-green-fatigue/Ecologie-pourquoi-on-a-lache), trois facteurs peuvent expliquer cette malheureuse tendance : l'impact de la « crise », des écolos pas forcément jojos et attractifs, un idéal déçu à la suite de divers échecs comme celui du sommet de Copenhague en 2009 ou celui de l'essoufflement du Grenelle de l'environnement. Certes, mais ce serait bien d'être pour une fois à la hauteur et de tirer quelques leçons du passé, comme nous y invite d'ailleurs le Sciences Humaines de ce mois-ci (http://www.scienceshumaines.com/le-climat-fait-il-l-histoire_fr_529.htm). On ne va tout de même pas sombrer -ou rester, c'est selon- dans l'égoïsme, la bêtise, le déni et donner raison à l'ancien président des Maldives exprimant ainsi son amertume : « Pour comprendre la réalité du réchauffement climatique, il faut avoir de l'eau dans son salon » (http://www.lemonde.fr/a-la-une/article/2014/02/17/les-etats-face-a-la-realite-des-dereglements-climatiques_4367980_3208.html). Car de l'eau dans le salon, on en a tous déjà ! Les résultats, catastrophiques, des dernières élections municipales le prouvent une fois de plus.


Allons donc. Les personnes se sentant vraiment responsables d'elles-mêmes et de leur environnement humain, naturel, c'est-à-dire de leur environnement tout court, ne peuvent pas à leur tour démissionner. Bien sûr que c'est difficile de résister. Qui a jamais dit le contraire ? C'est plus facile de suivre les rails. Sauf que l'on sait où cela mène de trop suivre les rails au sens physique et métaphorique. L'heure est plus que jamais à la mobilisation générale : défense des valeurs, action à plusieurs et travail sur soi. Il s'agit d'un changement global et on n'y coupera pas. Et c'est tant mieux car ça ne peut plus durer. Vraiment, qui pourrait dire avec sérieux que l'on peut ainsi continuer ? L'ancien contrat social est mort, alors vive le nouveau contrat à inventer ! Nous sommes au cœur d'une crise, certainement, mais au sens gramscien du terme : croisement d'un moment et d'un mouvement. Nous sommes la crise. A nous de l'assumer.



Concrètement, quoi faire ? D'abord faire, c'est sûr. J'aime bien le slogan des Colibris : « Je fais ma part », tiré de la légende du petit oiseau qui ne s'en laisse pas conter et agit quoi qu'il arrive. On dira « C'est niais, simpliste, ça ne sert à rien ». Dont acte : qui fait quoi ? Qui a le droit d'ainsi dénigrer ? Donc faire, mais faire quoi ? Tant à faire... vertige et désordre. Sincèrement, vous êtes grands et si vous lisez cette chronique c'est que certainement vous avez déjà une petite idée de quoi faire, sans doute même vous agissez déjà à votre échelle. Car l'échelle, la petite, avec détermination, semble être la bonne tant nous sommes submergés. Sinon, toutes les chroniques disponibles sur le site de LocoBio peuvent vous donner des idées, sachant que les vôtres sont aussi bienvenues. Ce mois-ci, quelques pistes :

- continuer à se mobiliser pour changer le statut juridique de l'animal, véritable scandale indigne de notre humanité. A soutenir parmi d'autres :

http://www.30millionsdamis.fr/agir-pour-les-animaux/petitions/signer-petition/pour-un-nouveau-statut-juridique-de-lanimal-22.html.




Une citation pour la route de l'illustre et néanmoins modeste Albert Camus : « Toutes les contraintes du monde ne feront pas qu'un esprit un peu propre accepte d'être malhonnête ».



©Yolaine de LocoBio

Avril 2014

 
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