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Cogitations et actions
Chronique 52
09-08-2012
Pralines, safran et volupté

 

Le Petit Robert d'après l'Apocalypse dont on ne parle plus puisqu'elle est déjà là, soit celui de 2013, définit ainsi le bénévolat : « situation d'une personne qui accomplit un travail gratuitement sans y être obligée ». Merveilleuse réalité. 

 

On est chez les Bisounours ? Réalité encore plus merveilleuse au lire du dossier publié cette semaine par l'hebdomadaire savoyard La Vie Nouvelle sur le sujet: « Bénévoles ; ils assurent la fête ». C'est cool. On est pour de bon chez les Bisounours. Je sais pas où on est, mais en tout cas y'a plein de gens qu'on rien d'autre à faire que de bosser à ouf ! Ils sont rentiers ou quoi ? Ils sont pas au courant qu'c'est la crise et qu'faut dare-dare trouver un vrai taf, s'la jouer perso ? Non mais je rêve !

 

 

Et tout ça fonctionne bien. C'est une mécanique vraiment bien huilée... mais comment et pourquoi au juste ? Comment : par ce que les sociologues appellent les « rétributions symboliques ». En clair, vous êtes bénévoles alors vous forcez le respect. Enfin quelqu'un de dévoué dans ce monde de brutes. On vous parle doucement. On vous remercie chaleureusement. Peut-être même que vous aurez droit à une jolie médaille. Mais à la fin seulement, la médaille ; pas tout de suite. Après des décennies de loyauté et d'abnégation. Il y a aussi les su-sucres bien matériels, eux, du genre assister aux concerts sans payer -heureusement- à ce cher festival ni local ni écologique qu'est Musilac, à Aix-les-Bains. Des su-sucres qui ne coûtent pas bien cher aux organisateurs si on les met en regard du nombre d'invitations distribuées et surtout si on constate le boulot colossal abattu par les bénévoles (préparation en amont, accueil du public et des artistes, surveillance des lieux et secours, la liste est assurément longue).


Car c'est du vrai boulot. Les organisateurs de festivals et d'évènements en tout genre le savent très bien. D'ailleurs tout le monde le sait très bien. Les premiers concernés, les soutiers enchantés de ces jeux modernes, eux, le savent plus ou moins nettement. Souvent, ils s'en moquent car ils sont au-dessus ou en-dessous de cela, dans un monde en tout cas parallèle où priment la générosité et l'engagement. Car le bénévolat n'est pas rationnel : il se vit et d'ailleurs beaucoup se sentent plus vivants grâce à lui. Demandez à un psy : en cas de déprime, prendre un animal ou faire du bénévolat, c'est ce qu'il vous conseillera ; c'est tout dire. Donc en général, ils s'y retrouvent. Sauf bien sûr quand on a trop tiré sur la corde et q'ils jettent l'éponge après quelques années, ce qui explique d'ailleurs en partie le turn over, le manque de structuration et la fragilité de bien des associations. Trop, c'est parfois trop. Mais ce n'est pas grave : il y aura toujours des bénévoles, une troupe fraiche prenant le relais d'une troupe usée et ainsi de suite. C'est d'autant moins grave que le bénévolat est de plus en plus proposé aux jeunes et moins jeunes sur le carreau de feu l'emploi. Car il constitue une expérience ensuite valorisable professionnellement. Tout y est : les alouettes et le miroir. Il ne reste plus qu'à les manager à défaut de les ménager.


Et tout est géré au mieux par les organisateurs, eux souvent salariés sans forcément d'excès d'ailleurs ; lesquels organisateurs se retrouvent de fait employeurs... de bénévoles. Vous suivez ? Si vous ne suivez pas, c'est plutôt bon signe car c'est assez glauque comme logique. Mais ça fonctionne et ça gère des énergies parfois béates de manière optimale. Car c'est une question de gestion. Si, si, il faut arrêter de raconter des histoires. Le premier réflexe n'est-il pas, lorsqu'il s'agit de « monter quelque chose » et que les moyens manquent, de lister les besoins et de chercher de la ressource en externalisant en direction des bénévoles ? Le cynisme est de mise, comptant froidement sur les qualités humaines et le désarroi de certains.


C'est lamentable. Surtout si l'on considère le rôle proprement économique de ces acteurs. Car non ils n'offrent pas que des sourires et du lien social, ce qui est déjà beaucoup comparé à l'économie dominante: ils permettent la production de richesses. Or c'est la définition première vous savez de quoi ? Du travail ! Dans notre belle région par exemple, avec les Rencontres Musicales, les Musilac, les Rencontres Brel, les chantiers Concordia, ils sont pour beaucoup dans la dynamique économique de l'été. Car les festivaliers et travailleurs de chantiers mangent, figurez-vous, doivent se loger, consomment sur place et emportent des souvenirs. Et là, on est dans l'économie dite réelle, celle de l'argent généré par toutes ces activités dépendantes du bénévolat. Les commerçants le savent bien, eux aussi. Quant aux politiques, ils ne peuvent pas feindre d'ignorer tout ce que ce petit fonctionnement quasi magique rapporte. Ils sont opportunistes comme les autres. Les revues des différentes collectivités publiques ne manquent d'ailleurs pas de mettre en avant les festivals comme éléments supplémentaires dans la fameuse « attractivité du territoire ».


Donc tout le monde sait très bien à propos du bénévolat. C'est lamentable et c'est incroyable. Mon propos n'est toutefois pas d'inciter à se désengager, ce qui serait, vous en conviendrez, assez surprenant sous ma plume. D'ailleurs, la Croix Rouge recherche pas moins d'un responsable départemental du développement et des ressources, un coordinateur départemental des plans d'urgence, un responsable départemental adjoint aux activités sociales (qui ne manquent pas), etc... Voir évidemment leur site pour plus d'infos et candidater. Si c'est pas faire appel à du temps et à des compétences ultra-professionnelles, ça.


Non, ma réflexion est plutôt une invite à d'abord sortir de la clandestinité et du mensonge. Le bénévolat est bel est bien central pour l'économie. Il l'est même pour la politique au sens premier de vie de la Cité. Il faudrait ensuite tirer les conclusions de cette reconnaissance, ne pas s'y borner à coups de pass-concerts ou de petites médailles. Alors, quel statut pour les bénévoles ? Je veux dire un vrai statut, pas qu'une histoire de vague papier signé pour se couvrir côté assurance en cas de pépin. Quel statut ? Je veux dire quel deal gagnant-gagnant avec les bénéficiaires de services bénévoles, dont la société dans son ensemble? Quel échange de bons procédés du style transports en commun partiellement gratuits, accès aux piscines et autres équipements collectifs, bons pour une alimentation locale et bio ? Toute une économie, la vraie, celle de demain déjà aujourd'hui, reste à inventer. C'est flippant et tout à fait enthousiasmant. Et les politiques ont en la matière une fois de plus une large responsabilité : celle d'arrêter le cynisme, l'arrosage de chrysanthèmes et d'impulser réflexion et expérimentations.



Sinon, sinon... ce qui guette, c'est de poursuivre sur la voie déjantée d'une économie aussi désarticulée que désarticulante. Le risque, c'est de se retrouver comme le héros du dernier livre d'Eric-Emmanuel Schmitt -écrivain à succès et ancien professeur de philosophie à Chambéry- Les dix enfants que madame Ming n'a jamais eus, dont je ne saurais que trop vous recommander la lecture cet été. Le risque, c'est de se retrouver comme lui, scène effrayante et si juste pourtant : « Le lendemain, on me conduisit à l'usine Pearl River Plastic Production que le directeur, flanqué des deux vendeurs dont j'épuisais la patience, tenait à me faire visiter.


Dans d'immenses hangars -quatre murs et un toit, architecture minimale-, des centaines d'employés fabriquaient les jouets en silence. D'un bâtiment à l'autre, la répartition des tâches reproduisait le sexisme de nos sociétés : les mâles manipulaient les voitures, les femelles les poupées.


L'atelier des poupons, celui où avait officié madame Ming, m'impressionna. D'amples bennes grillagées convoyaient des membres roses, identiques, classés : la caisse des têtes, la caisse des torses, la caisse des bras droits, la caisse des bras gauches, celle des jambes droites, celle des jambes gauches. Déversés brutalement, des fragments anatomiques partaient sur des tapis roulants puis étaient saisis par les ouvrières pour de brèves soudures afin de terminer, à l'extrémité de la manufacture, assemblés en baigneurs.


On aurait dit un abattoir à l'envers, où les êtres arrivaient morcelés et ressortaient entiers.


Mille bébés naissaient ici chaque jour. Parce que les femmes portaient un écran de papier sur le visage, des charlottes bleues autour des cheveux, elles semblaient des infirmières mettant des enfants au monde. Etranges nurses, précises, lestes, sans états d'âme, qui accrochaient une tête à un torse décapité, articulaient des bras, vissaient des jambes, rejetaient à la poubelle un pied bancal ou un crâne fendu, tiraient sur les carcasses pour tester leur solidité, jusqu'à ce qu'elles présentassent un ravissant nourrisson nu à l'infirmière-chef, laquelle, en bout de chaîne, contrôlait sa viabilité. De preste mains de couturières habillaient les élus de culottes, de pyjamas, de salopettes, avant de les agglutiner dans une caisse. Pour qu'on se crût en une maternité, il manquait la criaillerie, les gloussements, la liesse, les compliments, les rires ; on n'entendait que les machines.


Près de l'issue, j'observais les corps entassés : ils évoquaient tant des individus réels que leur promiscuité me choquait. Leur similitude aussi me pétrifiait. Lequel choisir ? Pour lequel opter ? Pourquoi celui-ci plutôt que celui-là ? Pendant cette méditation, j'eus le malheur de contempler l'usine d'une façon panoramique : les ouvrières asiatiques, masquées, chapeautées, affublées de blouses turquoises, se ressemblaient ! Je frissonnai... Quoi ? C'était cela notre condition ? Nous nous croyons rares alors que nous provenons du même moule ? Pareils, y compris par la prétention d'être uniques...


Afin de me détacher de ces considérations sinistres, je m'ébrouai, accomplis quelques pas, allai effleurer les poupons. Si, aujourd'hui, ils restaient interchangeables, demain, dès qu'ils seraient adoptés par un enfant, ils se différencieraient, remplis d'amour, tatoués d'une histoire, marqués par les expériences. C'est l'imagination qui singularise, l'imagination qui arrache à la banalité, à la répétition, à l'uniformité. Dans le destin des jouets, je repérais celui des hommes : seule l'imagination, produisant des fictions et forgeant des liens rêvés, crée des originaux ; sans elle, nous serions proches, trop proches, analogues, aplatis les uns sur les autres dans les bennes de la réalité. »


Les bennes de la réalité... Voilà où officient les bénévoles et les auteurs, souvent bénévoles à leur corps défendant. D'ailleurs, en parlant d'auteur et de réflexion sur les corps économiques et physiques, donc dans l'esprit d'Eric-Emmanuel Schmitt, je ne saurais aussi que trop vous recommander la lecture -si ce n'est déjà fait- du roman made in Rhône-Alpes d'Elena Varécy, Tes mains sur mes hanches. Vous pouvez le commander sur http://www.elena-varecy.com/Le_roman.html ou bien vous le procurer en Biocoops ou en librairies indépendantes telle Le Bois d'Amarante.


Poursuivez en dégustant un recueil de poésie publié par les Editions La Passe du Vent, à Vénissieux. Pourquoi pas celui d'Emmanuel Merle, d'Antoine Choplin ou le plus récent de Robert Piccamiglio si joliment intitulé Mille plaines mille bateaux ? Lui aussi peut être commandé sur http://www.lapasseduvent.com/Mille-plaines-mille-bateaux.html#livre555.


Poursuivez mais poursuivez donc votre repos du bénévole ou de l'énervé (ou les deux) en dégustant une praline de noisette, de noix ou de graine de tournesol. Enfin une praline... je veux dire un paquet de pralines fabriquées si près, aux Echelles, et avec le label Nature et Progrès s'il vous plait ! Le contact est Christine MIGUET à Cet e-mail est protégé contre les robots collecteurs de mails, votre navigateur doit accepter le Javascript pour le voir .


L'idéal serait de vous accorder encore un peu de temps, je veux dire du temps pour vous car être bénévole de soi-même n'est pas mal aussi. Alors, alors... votre vélo (http://onroulevert.parc-chartreuse.net/accueil-ca-roule-en-chartreuse.html) vous emmènera peut-être jusqu'à une table d'hôtes super à Saint-Hugues de Chartreuse. Là, vous dégusterez un menu unique, avec ou sans viande, mais en tout cas à la qualité indiscutable et au prix très correct. Ce menu comportera des plats mitonnés avec les légumes et fruits du jardin, d'autres ingrédients comme le fromage issus du coin ou du pain fait maison avec de la farine bio achetée à la Motte-Servolex. Dans ce menu, vous dégusterez surtout à chaque étape une déclinaison de plats safranés puisque le maitre des lieux, accompagnateur de montagne, est aussi safranier. Allez y faire un tour, déjà par le Net http://www.brevardiere.fr; http://www.safrancham.fr) et ensuite pour de vrai.



De la sorte, l'été devrait bien se passer. Et c'est ce que je vous souhaite, toute de pralines apaisée.





© Yolaine de LocoBio

8 août 2012


 
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