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Chronique 43
27-07-2011
 Vacances, j’oublie rien du tout…

 



 
… à commencer par l’accident nucléaire majeur que nous avons connu cette année et qui, logique médiatique oblige, ne fait plus la une de l’actualité. Pourtant, les effets perdurent et n’ont pas fini de perdurer sans que des réorientations majeures et salvatrices (sauf peut-être en Allemagne, faudra voir) n’aient été adoptées. En même temps, pour adopter de nouvelles politiques, il faudrait d’abord les penser. Et pour les penser, il faudrait dare-dare changer de logiciel. Sauf qu’entre l’inconscience et les intérêts à garder bien au chaud, le changement de logiciel, c’est pas pour demain. Du coup, avant d’attaquer le chapitre des vacances, je marque à ma façon un temps de commémoration en hommage aux Japonais et donc aussi à nous-mêmes : je saute une ligne…
 
 
une ligne de silence qui en dit long.


 

« Vacances j’oublie tout

Plus rien à faire du tout

J’m’envoie en l’air ça c’est super

Folie légère (…) »

Qui n’a pas capoté sur ce tube des années 80 du groupe Elégance ? En tout cas, moi, il me fait toujours le même effet. J’en ferais même limite un hymne pour se donner du baume au cœur. D’ailleurs, les radios ne s’y trompent pas : elles nous le balancent régulièrement, l’air de dire « Faut tenir les p’tits gars ». Eh oui, parce que c’est plus, mais alors plus du tout les années 80 et la poudre aux yeux perlimpinpin. C’est la crise… durable ! Chouette, enfin quelque chose de durable ! Tellement que bientôt, c’est la notion même de vacance qui va sauter elle aussi. En effet, elle désigne la période où les personnes en activité ne travaillent pas. Comme le chômage demeure structurel, contrairement à ce que l’on nous avait dit dans ces fameuses années 80, et qu’en plus les contrats précaires à volume hebdomadaire de labeur insuffisantse multiplient, il y a de fait de plus en plus d’inactifs dans notre doux pays. Il n’y a plus d’un côté le travail et de l’autre les vacances : il y a les vacances et les vacances, donc plus de vacances du tout. C’est génial ! Un grand merci à tous ceux qui nous ont foutu dans ce mur.

 

Côté stat’, donc moins énervé que moi mais tout aussi éclairant, il y a celles de l’Observatoire des Inégalités (http://www.inegalites.fr) . Ou l’on a confirmation d’une intuition générale qui passe à l’as entre bling-bling et catastrophes, donc entre deux too much. L’intuition qu’on est pris pour des cons, que dans un pays riche, qui se vante d’appartenir au G8, les inégalités se creusent de façon logique mais indécente. Ainsi, on le savait, les ouvriers partent moins, beaucoup moins en vacances, que les cadres supérieurs (40% contre 70 l’année dernière). La nouveauté flashie, c’est que les populations modestes partent de moins en moins souvent et de moins en moins longtemps. On pourrait ajouter que comme la classe moyenne se fait gentiment laminer et qu’elle intègre progressivement ces populations modestes, le résultat est : plus de vacances, ou très peu, pour une majorité croissante. Joli résultat. Et encore un grand merci à tous ceux qui nous ont foutu dans ce mur.

 

Une fois cet aimable décor posé, que dire, que faire ? Dire aussi qu’après tout cela favorise la proximité et la vie locale. Que faire ? Attendez, y’a plein de trucs à faire dans notre belle région. D’ailleurs, tellement elle est belle qu’elle est très touristique. Alors, le temps d’un été, pourquoi ne pas être les touristes de nos vies quotidiennes ?

 

Et c’est là qu’on a le tournis. Y’a plein, mais sérieux plein de trucs à faire. Et gratos en plus. Enfin gratos. Faut s’entendre sur les mots. Y’a jamais rien de gratos. Ce sont souvent les deniers publics, donc nous via les impôts –ceux qui en payent et qu’on arrête de dire que c’est bon signe, qu’il faut pas se plaindre, parce que c’est pas le signe d’un meilleur pouvoir d’achat et d’une meilleure vie- qui les finançons. Commençons donc par les festivals qui sont un bon exemple de vitalité locale. Je ne sais pas si c’est un effet d’optique, mais j’ai l’impression qu’il y en a de plus en plus. Au départ, c’était une question d’attrait touristique pour un territoire, mais je me demande si ça ne devient pas aussi, de plus en plus, une occupation pour les habitants forcés de rester sur place pendant leurs « vacances ». Je me fais la même réflexion à propos des activités proposées pour les jeunes à Chambéry. Evidemment, il y avait un manque à combler, donc il y a comme une sorte de processus de rattrapage. Toutefois cela n’explique pas tout. Comme si les collectivités locales devaient mettre les bouchées doubles pour assurer pendant la très (trop ?) longue période estivale.

 

Côté festivals gratuits et style en tout genre, vous avez Cité d’été, proposé par la Ville de Chambéry, du 5 juillet au 19 août (http://animation.chambery.fr/820-.htm). Il y a aussi les Estivales du Château, proposées quant à elles par le Conseil Général, ce qui prouve que la gentille concurrence entre collectivités locales a sans doute du bon en termes d’émulation. Le programme est sur http://www.estivalesduchateau.com. L’agglo n’est pas en reste, avec des séances de cinéma en plein air dans diverses communes, du 1er juillet au 31 août (http://www.chambery-metropole.fr/3626-une-toile-a-la-belle-etoile.htm). Elle confirme ainsi sa volonté d’être un acteur majeur de la vie locale dans des domaines –comme la culture- auxquels la loi ne l’oblige pas à être présente. Cet effort méritait d’être souligné.

 

Une fois levé le matin, que faire, mais que faire ? La peur du vide rôde encore. Et il vous sera bien facile de l’effrayer à votre tour. Il y a une multitude d’expositions, là encore gratuites. La préhistoire à la Galerie Euréka, les fleurs à la maison des parcs et de la montagne, même une petite piqûre de rappel sur la peinture savoyarde au Musée Savoisien et … sur Rousseau aux Charmettes. Je ne veux pas dire, mais autant ne pas trop se charger dès l’été avec Rousseau, parce qu’on risque d’en avoir assez en 2012 avec l’anniversaire des 300 ans de sa naissance. Je n’ai rien contre lui, bien au grand contraire ; c’est juste son utilisation sociale –voire politique-, très ponctuelle, qui m’agasse. Mais bon, on aura sans doute l’occasion d’évoquer à nouveau cette question. Et revenons à nos moutons en alpage.

 

Justement, en journée, des visites champêtro-instructives sont organisées par la Facim. Le dernier itinéraire thématique autour de la table et des produits locaux mérite le détour gustatif (http://www.fondation-facim.fr).Vous pouvez aussi prendre la ligne des plages jusqu’à Aix-les-Bains, avec ou sans votre vélo qui peut être loué en gare de Chambéry. Ensuite, prendre le bateau pour un air de croisière sur le lac du Bourget et aller voir l’expo « Lartigue en hiver – Photographies » à l’abbaye de Hautecombe. Si la montagne vous attire, vous pouvez prendre le bus qui relie Aix au Revard, les VTT étant acceptés et même encouragés vu le prix défiant toute concurrence (2 euros). Avant votre départ, n’oubliez pas de consulter gratuitement le Guide des bonnes pratiques en montagne édité par la Frapna (http://www.pro-mont-blanc.org/PDF/guideFRAPNA.pdf). Non seulement il vous servira de pense-bête pour ne rien oublier, faire attention à vous, mais il vous donnera aussi des idées pour que vos empreintes laissent le moins de traces.

 

Ouf ! Ah… et les enfants ? Ils peuvent aller tout partout, festivals, bonne table, expos, bateau, vélo, mais c’est bien, aussi, lorsque des activités leur sont spécialement dédiées. Je recommande de se procurer, pour l’éplucher, le Guide de l’été jeune à Chambéry. Ou alors de le consulter sur http://www.chambery.fr/92-jeunesse.htm. Faites la chasse aux bons de réduction qui y sont et puis n’hésitez pas à écrire aux services concernés si vous êtes satisfaits. Cela ne peut que les encourager dans leur démarche et mettez-vous à leur place : ne recevoir que des messages quand ça ne va pas, c’est pas très motivant. Cette remarque vaut d’ailleurs en général !

 

Pour les enfants, ne pas oublier que ce qu’ils préfèrent, c’est avoir du temps pour traîner, pour bricoler, pour débrayer ; finalement les mêmes besoins que nous. Sauf que nous, on nous ferait croire qu’on a besoin d’autre chose, de bouger, de consommer sans cesse. Sans rire, si vous profitez déjà du peu que j’ai mentionné dans cette chronique, vous serez épanouis et sur les genoux. Donc absolument pas prêts pour la rentrée.

 

Normal :la dame, elle a dit que y’avait plus de vacances, mon bon monsieur. Alors, logique, y’a plus de rentrée. Mais c’est super ! C’est qui déjà qui chantonnait « En retard surl’horaire, plus besoin d’se presser » ? C’est qui, hein ? Ben le groupe Elégance, évidemment. Qui aurait pu prédire que leurs lumineuses paroles auraient une telle actualité en cet été 2011 ? Sans doute pas grand monde.

 

Sur ce, les amis, je vous souhaite de belles semaines oisives. En attendant rien, surtout pas la « rentrée ». Car pour rentrer, il faudrait sortir. Et nous, on est bien ici ! Et on a décidé, certes un peu contraints au départ, de vivre maintenant.

 

La crise. Ou comment engendrer (involontairement) une génération de décroissants…


 

©Yolaine de LocoBio

Juillet-août 2011


 
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