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Chronique 40
11-04-2011

A vos fourchettes,citoyens !



 
Une fois n’est pas coutume, une lecture fort inspirante nous provient ce mois-ci du Québec et plus exactement de Laure Waridel, auteure de L’envers de l’assiette. Et quelques idées pour la remettre à l’endroit (1). A propos, de l’auteure, on serait tenté d’écrire : « si jeune et déjà si… active, construite, engagée, que sais-je encore ? » tant il s’agit d’une personne comme on dit « autorisée ». Pensez : même pas la quarantaine et déjà, entre autres, co-fondatrice d’Equiterre, l’une des plus grandes associations écologistes québécoises, ardente promotrice de la consommation responsable et du commerce équitable, etc… Dans cette version revue et augmentée d’un ouvrage paru voici déjà 13 ans, elle traite plus particulièrement de la consommation alimentaire.


En fait, vous pensez avoir un livre en main, mais c’est comme lorsque vous avez Laure Waridel en face de vous –privilège que j’ai eu récemment et qui nous a permis d’échanger ardemment, vous vous en doutez- : vous avez en fait trois livres en un ! En effet, L’envers de l’assiette est d’abord un manuel d’économie générale appliquée à un acte micro-économique par excellence : s’alimenter, ou comment chaque repas, chaque grignotage révèle et nourrit à son tour l’infernal système agro-alimentaire qui s’est imposé depuis… à peine six décennies, soit… deux générations. Tout ce système est décortiqué, analysé, de telle sorte que tout ce qui est d’ordinaire séparé dans le but de nous maintenir dans la désinformation et la passivité, eh bien tout cela est à nouveau relié. Vous trouverez au fil de la lecture assez de définitions pour vous repérer, y compris dans le lexique à la fin.

Bien sûr, c’est un essai, engagé en faveur de la prise de conscience du contenu de nos assiettes et de la réappropriation de nos choix alimentaires. Laure Waridel défend un point de vue, on n’en attendait pas moins d’elle, mais elle fait un bel effort de documentation pour fonder son propos. Vous trouverez ainsi un ensemble conséquent de notes et de références aussi bien papier que web qui vous permettront de continuer vous-mêmes une enquête passionnante. Et surtout d’être vigilants afin de consommer plus intelligemment. Enfin, ce livre est un guide pour l’action. Certes, les informations relatives aux logos et à certaines données propres au contexte nord-américain sont d’une moindre importance pour nous. Toutefois, les petits encadrés « Le saviez-vous ?» fourmillent d’informations convaincantes (et parfois effarantes du style : « Un quart de la nourriture gaspillée aux Etats-Unis et en Europe suffirait à nourrir correctement les 925 millions de personnes qui souffrent actuellement de la faim dans le monde» (p.133).

Une lecture rapide et synthétique est aussi possible en se référant à la rubrique « ConsommAction » qui clôt chacun des quatre chapitres.

Laure Waridel résume en effet son crédo par les « 3N-J » et développe ses idées sur chaque « N » et le « J » dans un chapitre dédié. Ainsi, pour mettre en œuvre le premier « N », c’est-à-dire « Nu » et traitant de l’emballage, vous aurez à votre portée une foule de solutions concrètes comme privilégier l’achat en vrac, envelopper (et personnaliser, ce qui ne gâche rien) des cadeaux avec des matériaux réutilisés. Le deuxième « N » est pour « Non-Loin ». Evidemment, il s’agit de préférer l’achat local et, là encore, votre petite action aura une portée d’autant plus grande que vous en parlerez autour de vous, que vous serez imités et que vous n’omettrez pas aussi, si vous le pouvez, de vous engager sur le plan politique. Car l’auteure d’Acheter, c’est voter (2) ne dépossède pas le « consomm’acteur » de sa dimension politique. Sa conclusion est à ce sujet très explicite : « Bien qu’acheter soit en quelque sorte une manière de voter, il demeure que la consommation responsable ne remplace évidemment pas la démocratie participative. Elle lui est complémentaire, tout comme les pressions directes que nous pouvons exercer sur les entreprises » (p.180). Le dernier « N » concerne l’agriculture biologique et le « J » le commerce équitable, invitant aussi bien à réduire notre consommation de viande qu’à fréquenter régulièrement les marchés que nous avons la chance d’avoir encore nombreux en Europe ou encore à pratiquer le « militantisme d’actionnaire ».

Peut-être pourrions-nous, avec un brin d’humour acidulé et un zeste d’allusion pétillante, transformer les « 3N-J » en PEPSE ? Je m’explique : « PE » pour « Peu ou pas Emballé », « P » pour « Près de chez nous », « S » pour « Sain », donc bio, et « E » pour « Equitable ». Peu importe le slogan, l’essentiel est d’avoir un message clair qui guide notre action au quotidien. Alors tous à vos étiquettes et à vos fourchettes : ouvrons l’œil et les papilles pour de bon !

© Yolaine de LocoBio 11 avril 2011

(1) Editions Ecosociété, Montréal, 1er trimestre 2011, 230 pages. En commande dans toutes les bonnes librairies et sur les plateformes internet.

(2) Même éditeur, 2004.

 
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